Documents
-
-
-
Etudes classiques

 

Etudes contemporaines
Le cinéma, le sacré, la croyance (colloque)
Les conventions diplomatiques dans l’Orient musulman (XIe- fin XVIe s.)
Equipe

Responsable scientifique principale :
- Denise Aigle (Directeur d’études à l’EPHE/UMR 8167 « Orient et Méditerranée (laboratoire : Islam médiéval) »
-
Responsable scientifique secondaires :
-Michele Bernardini (Professeur à l’Università di Napoli « L’Orientale », Dipartimento di Studi Asiatici) ; 
-David Durand-Guédy (Chercheur à l’IFRI, Téhéran) ;
-Gilles Veinstein (Professeur au Collège de France/ UMR 8032 « Études turques et ottomanes »)
-
Co-ordinatrice scientifique :
- Marie Favereau (Pensionnaire scientifique à l’IFAO, Le Caire)
-
Partenariats :
Umr 8167 « Orient Méditerranée » (laboratoire : Islam médiéval) ;
Umr 8032 « Études turques et ottomanes » ; IFAO (Le Caire) ; IFRI (Téhéran) ; IFEA (Istanbul) ; Istituto per l’Oriente (Naples)
-
Autres collaborateurs
- Fouad Ayman Sayyed (Chercheur associé à l’IFAO) : Mamelouks circassiens
- Jean-Louis Bacqué-Grammont (Directeur de recherche au CNRS) : relations de l’Inde moghole avec l’Asie centrale et avec les Ottomans
- Michel Balivet (Professeur à l’Université d’Aix-en-Provence) : relations entre Byzance et les Seldjoukides de Rûm
- Frédéric Bauden (Professeur à l’Université de Liège) : Mamelouks
- Colin P. Mitchell (Assistant professor at Dalhousie University, Faculty of Arts and Social Sciences, Department of History) : les premiers Safavides.
- Mansour Sefatgol (Professeur à l’Université de Téhéran) : les premiers Safavides.
- Maria Subtelny (Professor at University of Toronto, Department of Near and Middle Eastern Civilizations) : Timourides.

Définition du projet
-
Un recensement, une étude et une mise en perspective historique de la correspondance diplomatique des souverains musulmans, du xie siècle à la fin du xvie siècle, quels que soient la langue et l’alphabet utilisés dans les lettres. Le projet se déroulera autour de quatre axes principaux :

1. Établir un corpus : isoler la lettre diplomatique comme document d’archive spécifique. Il est aujourd’hui nécessaire de prendre en compte l’existence de ce corpus qui n’est pas identifié comme tel dans les catalogues d’archives. Cet axe ne concernera que les documents originaux (traductions de lettres incluses si elles sont contemporaines). Les traités de paix et la correspondance personnelle des souverains ne seront pas pris en compte.
-
2. Déterminer les conditions de production et de conservation de ces lettres. Cet axe nous mènera à aborder la question du statut des archives et du rôle de la chancellerie dans les États musulmans. Dans ce contexte, il serait utile de prendre en compte les registres de chancellerie, les chroniques, les récits de voyage ou tout autre type de sources contenant les textes de lettres diplomatiques. Ce corpus secondaire, qui pourra être comparé au corpus des documents originaux, permettra d’ouvrir le champ de la recherche à la question de l’archivage des lettres et à celle des motivations politiques ou des raisons pratiques d’une telle conservation. Étudier les différentes étapes de l’archivage nous permettra également de distinguer les métiers impliqués dans la chancellerie et œuvrant à la conservation des lettres (secrétaires, interprètes, traducteurs…).
-
3. Reconnaître l’existence de normes diplomatiques dans l’Orient musulman en abordant la question des modèles épistolaires. L’étude des manuels de chancellerie, qui présentent une forme idéalisée de la lettre diplomatique, sera un outil indispensable à l’analyse des documents originaux et permettra de guider ou de délimiter le questionnement méthodique qui devra être appliqué au corpus.
-
4. Élargir le vocabulaire et les grilles d’analyse en diplomatique et en codicologie islamiques. Ce programme offrirait un cadre opportun à un renouvellement de la codicologie (qui porte traditionnellement sur l’étude des codex) appliquée à l’étude des lettres écrites sur rouleaux (volumen ou rotuli) et même en ce qui concerne les lettres transmises dans les chroniques. On relève dans ces dernières de nombreux renseignements de type codicologique. Le travail sur le vocabulaire pourra s’enrichir d’une étude sur les dictionnaires ou lexiques bilingues et trilingues contemporains.


Problématiques

Multiplicité des formations étatiques et des traditions administratives
-
La temporalité choisie (xie-xvie s.) nous place dans une perspective de longue durée. Cela permettra de déterminer dans quelle mesure les documents des périodes plus tardives (xve-xvie s.), plus nombreux à avoir été conservés sous leur forme originale, demeurent (ou non) fidèles à des traditions antérieures et si les formules diplomatiques connaissent une évolution notable ou une certaine stabilité.
Le cadre géographique choisi, l’Orient musulman (al-Mashriq), s’étendait, à l’époque mongole, des confins de la Chine aux portes de l’Europe orientale, des plaines russes à la vallée de l’Indus et au cœur du monde musulman jusqu’au Proche-Orient. Cet élargissement de l’Orient musulman favorisa la circulation des hommes et des idées et la période de la domination mongole permit d’intenses échanges culturels. C’est le cas en ce qui concerne la diplomatique où l’influence chinoise est nettement perceptible. Par ailleurs, pour la première fois dans cet espace géographique, des souverains non musulmans gouvernèrent pendant plus d’une décennie des sujets musulmans. On peut donc poser l’hypothèse que cette situation nouvelle a pu apporter des changements dans les conventions diplomatiques, lesquels ont pu perdurer après la disparition de l’Empire mongol dans les pays islamiques.
La question des pratiques diplomatiques dans cette aire géographique a été peu étudiée par les historiens dans cette perspective de « longue durée » et de manière globale. Ce projet a pour objectif premier de pallier ce vide historiographique. Il permettra également de « dévoiler » et de mettre en exergue la multiplicité du monde musulman oriental, dont la composante « arabe », à l’époque concernée, est devenue largement minoritaire. Ce fait est souvent occulté dans les « discours » historiographiques. Ainsi, l’attention sera particulièrement portée aux mondes türko-mongol, persan et ottoman. Si, à travers ce projet, nous émettons l’hypothèse qu’il existe des normes diplomatiques dans cette vaste aire géographique, pour autant, il ne s’agira pas d’enfermer les traditions musulmanes dans une hypothétique unicité culturelle qui serait hermétique à toute influence extérieure. En réalité, nous avons affaire à un faisceau de traditions culturelles éclatées dans l’espace et évoluant dans le temps. Ainsi, de manière à refléter la réalité multiple de ces sociétés musulmanes et de leurs traditions administratives, nous ne jugeons pas opportun de nous limiter aux lettres en langue et en alphabets arabes et persans. Nous disposons de nombreuses lettres rédigées en chinois, en latin et en mongol. En outre, sans insister particulièrement sur le lien entre traditions chrétienne et islamique, nous préférons aborder ce programme à l’aune d’une forme « d’universalité » qui mettrait en présence les grandes cultures de l’Orient musulman et celles de l’Europe.

Un corpus à trois niveaux

Les documents qui seront pris en compte dans ce projet sont de trois natures différentes : 1/les manuscrits originaux des lettres (et leurs traductions contemporaines certifiées) ; 2/les recueils de chancellerie (inšā’, cartulaires…) ; 3/tout autre type de textes faisant mention ou description de lettres diplomatiques transmises dans les chroniques ou les récits de voyageurs occidentaux ou musulmans
Une comparaison entre ces trois grandes catégories de sources nous permettra d’entamer une réflexion sur la notion « d’original » en diplomatique et de traiter de la question des « faux » : quelle est la fiabilité des documents uniquement transmis par les chroniques ? Comment distinguer les mauvaises transmissions involontaires des forgeries volontaires ? En outre, les documents originaux que nous avons conservés seront confrontés aux textes tirés des chroniques dont on vérifiera alors, en partie, la fiabilité.
Ce projet comporte ainsi un indéniable volet pratique : constituer de nouveaux outils de recherche et les mettre à la disposition de la communauté scientifique. Il s’inscrit dans une volonté de renouvellement des notions de corpus et de base documentaire. Il est temps, en effet, de mettre en commun des travaux sur la diplomatique persane, arabe, turque ou turcique et de faire le point sur les documents d’archives qui ne relèvent pas du codex mais du rotulus/volumen, supports ordinaires de la lettre diplomatique. Si on ne peut que constater et déplorer la disparition de nombreuses sources, en comparant les textes éparpillés dans les archives, les recueils de chancellerie et les mentions de lettres issus de chroniques ou de récits de voyage on pourra pallier, en partie, les lacunes qui empêchent les chercheurs de produire des études d’ensemble sur ce thème. Réunir et confronter des enquêtes historiques particulières nous permettrait de tirer des conclusions d’une large portée et d’aboutir à une synthèse, laquelle, étant fondée sur les documents d’archives, aurait des effets pratiques indéniables (en nous donnant, entre autres, la possibilité de concevoir un manuel diplomatique et de codicologie islamiques appliqué à l’étude des lettres).

Le statut des archives dans les États musulmans
-
Nous l’avons évoqué à plusieurs reprises : la plupart des archives produites dans le monde musulman, aux périodes anciennes et médiévales, ont été perdues ou détruites. Très peu de documents nous sont parvenus sous forme de manuscrits originaux. En outre, dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’« archives silencieuses », documents dont nous ne pouvons retrouver le cheminement à travers le temps et l’espace. Nous ne possédons que très peu de données sur la manière dont ces actes étaient conservés et sur les pratiques archivistiques en général. En abordant la question du statut des archives dans l’Orient musulman et en établissant des liens entre différentes traditions étatiques, il serait possible d’identifier ou de « reconstruire » une partie de ces pratiques, ce qui nous aiderait à comprendre les raisons ou les mécanismes qui présidèrent à la disparition de la majorité des corpus originaux. Cet axe nous permettra d’entamer une réflexion sur la place et la fonction d’archives officielles et sur les notions de privé/public (peut-on parler d’archives semi-privées/semi-publiques ?) dans les États musulmans. On peut citer l’exemple de la Horde d’Or où des documents officiels ayant une teneur juridique étaient conservés par des particuliers.

La langue de la diplomatie
-
Enfin, ce projet s’inscrira dans un renouvellement des problématiques en histoire politique l’Orient musulman. L’étude des correspondances échangées entre les souverains de cette zone géographique (musulmans et chrétiens orientaux), mais aussi avec l’Occident latin (dont la papauté), permettra de montrer à quel point, loin de s’enfermer dans un prosélytisme religieux et identitaire, certains souverains (musulmans ou non) étaient capables de moduler leur discours dans un langage compréhensible par le destinataire. Les citations religieuses (bibliques ou coraniques selon les cas) en sont un témoignage tout à fait concret. Les écrits de ces souverains font preuve de véritables visées politiques avec ce que cela comporte de « calcul » et d’instrumentalisation. Il faudra ainsi prendre en considération l’existence d’une manipulation délibérée des formules ou des modèles épistolaires. Dans cette optique, il serait pertinent d’aborder la question des « us de chancellerie ». En particulier, à propos des langues, thème majeur sur lequel nous possédons relativement peu d’études et aucun recoupement à grande échelle. Il serait important de repérer quelles sont les expressions stéréotypées en diplomatie et, parmi elles, les formules coraniques et bibliques récurrentes. Il nous faudra traiter également des choix d’écritures, styles et alphabets ainsi que du problème des traductions : dans quelles conditions les lettres étaient-elles traduites ? Les ambassadeurs doublaient-ils oralement le message écrit du souverain et, dans ce cas, en quelle langue s’exprimaient-ils, étaient-ils accompagnés de traducteurs ? Cet axe nous amènera ainsi à aborder la question des professions liées à la diplomatie et à la chancellerie. -


Actions :
-
1. Bilan sur les fonds d’archives : faire un survey et repérer les vides historiographiques, circonscrire le corpus.
2. Publication de corpus de lettres
3. Rédaction d’un manuel de diplomatique et de codicologie adapté à ce corpus particulier
4. Elaboration d’une base de donnée lexicographique : vocabulaire de la diplomatique, formules coraniques et bibliques citées dans les lettres, vocabulaire de la codicologie (par exemple, relever les mentions explicites du papier utilisé, de la forme de la lettre, etc.)



Calendrier (2008 – 2011) :

-
Mars 2008 : réunion des responsables scientifiques à Paris. Elaboration de la base de données lexicographique.
2009 : colloque à Istanbul (IFEA) ou à Téhéran (IFRI).
2010 : publication des actes du colloque d’Istanbul ou de Téhéran - Colloque au Caire (IFAO)
2011 : publication des différents corpus, du manuel de diplomatique et de codicologie, des Actes du colloque du Caire et mise en circulation de la base de données lexicographique.
Haut de page
Le savoir médical en Iran et en Inde à la période moderne(colloque)

Du 12 au 14 février 2008/23-25 bahman, l'Institut Français de Recherche en Iran et la Faculté de Médecine de l'Université de Téhéran ont organisé, dans le cadre du programme de recherche Histoire de la Médecine, un colloque coordonné par Mohammad Reza Shams Ardakani, Fabrizio Speziale et Farid Ghassemlou. (Hall Ibn-e Sina , Université des Sciences médicales de Téhéran - Danishgah-e ‘Ulum-e Pezeshki-ye Tehran)

Résumés des interventions

Seema Alavi (Jamia Millia Islamia, New Delhi) : « From scholastic learning to religious healing: Yunani medicine and civil society in 19th century India»
This paper looks at the encounter between the Greaco-Arabic healing system-called Unani- and British medicine in 19th century colonial north India. It uses the rich corpus of Urdu literature generated by Unani practitioners to question the idea of colonialism as the site of culture and power that imposed an exclusionary civil society in India. It also rethinks the idea of ‘colonial’ public health being a direct import from the western model of civil society. Instead, it de-centers the state and tells an inside out story of Unani tradition as it came to grips with British rule. Delving deep into the Unani tradtion and its dynamics, it challenges the idea that civil society in India was made by the colonial state alone. Instead, it views the makings of civil society as being propelled by local communities of ‘medical literature’: the Persian, Arabic and Urdu driven communities that survive through the colonial era. These represent pools of knowledge that conflict with each other, challenge their traditional custodians, reach out to religious practice, some connect with the state, and others remain beyond its control. Civil society and one of its main pillar- public health reforms- rather than an imposition from the state, emerge out of this dynamic plural medical ethos. The paper will elaborate this within the tradition story of Unani’s encounter with British medicine through a focus on the Urdu medical community and its literature.

Guy Attewell (Wellcome Trust, London) : «Language and locality: the canon and its margins in yunani tibb in twentieth-century India»
In this paper I examine problematics in the representation of knowledge, both as an issue of the historiography of yunani tibb and as an issue of 20th-century systematization and modernization of tibb in India. I begin by introducing some of the ways that tibb has been named and framed according to a range of criteria, including those of culture, nation and religion. These projections reveal various discourses and agendas that have come into play in attempts to represent or ‘frame’ knowledge. The idea of framing has been famously expounded by Charles Rosenberg in his studies of the socio-political construction of the meanings of disease. But framing, while useful as a way of engaging critically with positivist conceptions of disease as solely biologically defined entities and the assumed linear ‘progress’ of knowledge in their treatment, can be pushed further. In my study of indigenous medicine I am interested in the social and political consequences of ‘framing’.
What are the implications of representing knowledge in a certain way? In the realm of studies in indigenous medicine in India, how have representations of the ‘system’ or tradition intersected or disconnected with the materiality of practice? What do changing actor representations of the nature and scope of their practice tell us about the changing contours of practice and legitimacy, and broader social change? I address some of these questions in this paper. I point to the parallels of the concept of the canon in the historiography of ‘Greco-Islamic’ medicine with the representation of modernized tibb in India as the assumption of canonical status, which, critically, has then on many fronts been subverted to the norms and protocols of biomedical science. Expanding on this point, the question I am particularly interested in asking at the moment is: How do we understand the modernization of indigenous practices as simultaneously creative and marginalizing on many fronts?

Thierry de Crussol des Epesse (Strasbourg) : «Le dilemme du Dr. Abbas Naficy : Présenter Ismâ'il Jorjânî, îmâm et médecin, au public européen en 1933»
Quand, en 1933, le docteur Abbas Naficy présentait sa thèse de médecine sur «Les fondements théoriques de la médecine persane, d’après l’Encyclopédie médicale de Gorgani», il faisait découvrir au public un nouvel auteur médical, Isma’il Gorgani (435 H/1042- 531 H/1136). Naficy, qui a une confiance aveugle dans le progrès scientifique comme but en soi, fait d’Ismâ’îl Jorjânî le dernier d’une lignée d’auteurs médicaux prisonniers du dogmatisme de la scholastique médicale, laissant penser, de plus, qu’après il n’y aura plus rien. Elément qui dut probablement plaire au jury de la Faculté de Médecine de Paris, le Dr. Naficy suggère une adhésion de Jorjânî à une médecine pittoresque teintée de chamanisme. C’est mettre entre parenthèses, outre les qualités réelles d’auteur médical de Jorjânî, ses liens avec l’Islam qui sont les tenants et aboutissants de son oeuvre. C’est à un portait imaginaire qu’on a affaire, une reconstruction où tout de même Jorjânî est exproprié de sa vérité.
Etant sayyid, Ismâ’îl Jorjânî était de naissance tenu à un devoir ; îmâm, transmetteur de traditions, il fut le prototype de l’«‘arif » dans la Commauté. Dans le fond et dans la forme, le travail d’auteur médical de Jorjânî est un discours d’émerveillement centré sur la Grâce Divine (‘Inâyat-i Elahi), et comme praticien il est celui qui est persuadé que, comme le Prophète l’a dit, «A toute maladie créée, il est un remède créé» (il n’y a pas de maladie sans traitement). Ainsi Abbas Naficy, malgré toutes les qualités que comporte sa thèse, est effectivement « aveuglé » ; acquis au positivisme qui règne en maître alors en Europe, il ne perçoit pas la dimension religieuse des traités de Jorjânî. Il ne conçoit pas non plus, il est vrai, que l’on puisse être homme de religion et médecin, lieu commun qui remonte au Siècle des Lumières (Cabanis).

Jean During (CNRS, Paris) : «Les usages thérapeutiques de la musique en Orient musulman. Approche critique des sources anciennes»
Cette communication propose de faire le point sur les conceptions de l’efficacité thérapeutique de la musique dans la culture musulmane : quels en sont les fondements et ce qu’ils sont devenues à l’ère moderne. La circulation de ces idées entre l’Andalousie et l’Inde par le biais de traductions, de copies ou de réécriture est une question spécifique et très complexe qui doit être laissée aux historiens des sciences travaillant sur les textes arabes, persans et turcs. Quels que soient les résultats de la collecte des sources, il reste important de les examiner sous un angle critique, celui de l’ethnomusicologue et du connaisseur des traditions musicales orientales.
Pour illustrer les idées de l’époque, on a choisi d’examiner le chapitre dédié à la musique tiré du traité médical indo-persan Tebb-e Dârâ Shokuh, en les mettant en perspective d’une part avec d’autres manuscrits de la période dite « moderne », d’autre part avec les idées répandues dans le monde musulman depuis les premiers écrits scientifiques. On s’est référé aux textes suivants, de la période safavide : Resâle-ye Amir Khan, Ma’refat-e ‘elm-e musiqi, Behjat ol-ruh de Safioddin ‘Abdolmo’men, et Resâle-ye davâzdah maqâm du Boukharien Najmoddin Kaukabi, Nasim-e tarab de Nasimi. La liste pourrait être allongée, mais une première confrontation des textes relève, du moins pour les manuscrits persans de l’« ère moderne », un bon nombre d’incohérences sur le plan du système autant que des données.
Il apparaît entre autres que l’ordonnance du monde n’est pas toujours le principe d’application des modes (maqâm, parde, sho’be) aux tempéraments ou aux heures du jour, comme si des données empiriques interféraient avec la théorie, ou encore comme si plusieurs traditions avaient été combinées par les compilateurs. Il semble qu’avec l’accumulation des écrits, le système musicothérapeutique ait fini par s’effondrer, ce qui expliquerait sa quasi totale disparition dès le XIXe siècle.

M. Karimi Zanjani Asl (Tehran) : «A study of Nizam al-Din Ahmad Gilani’s medical writings»
Nizam al-Din Ahmad Gilani (d. after 1660-1) is a philosopher and physician who lived under Safavids dynasty and then migrated to India at the Qutb Shah’s court of Golconda. Nizam al-Din Gilani was one of the latest important philosopher-physician of Islam and probably the only important physician of the philosophical school of Isfahan. He played an important role as one of the students of Mir Damad and Sheykh Baha’i in transferring doctrines of the Isfahan school to the Indian intellectual ground.
He authored more than 60 treatises and books on various medical topics, which have not been published yet, except for a work on horse treatment. The aim of this paper is to show the importance of Nizam al-Din Ahmad Gilani’s works and classify them according to their subjects. Nizam al-Din Ahmad used a wide range of sources to compile his works on medicine, and his wide scientific and philosophical knowledge makes him a very important and peculiar figure among his contemporaries.

Anne Marie Moulin (CNRS, CEDEJ, Cairo) : «A syncretic view of Qajar medicine through Dr Johann Schliemmer's lenses»
The Dutch physician Johann Schliemmer succeeded Artur Polak as professor of medicine at Dar ol-Fonûn. A doctor raised to a military rank in the Persian army, in charge of the sanitary problems in Tehran, close to the shah and the crowned prince he accompanied throughout the country, he acquired in his own terms "an extensive experience without too much time left for the study of science". Yet, after twenty years spent in Persia, he published in Tehran in 1874 his Terminologie médico-pharmaceutique, which is an invaluable testimony on the reigning medical theories and current medical practices in the late Qadjar period.
But the main interest of his major work goes beyond a simple description of plants, animals, diseases and remedies. His book is partly composed by a sampling of his conferences to his students in Dar ol-Fonûn. His audience was composed of young students but also practicioners of traditional medicine. Schliemmer's comments on the diversity of pulses, the innovations in anatomic knowledge, the origin of epidemics, the importance of chemical drugs... reflect his lifelong dialogue with his Persian colleagues and friends, and disclose a profound sense of convergence between the medical concerns and theoretical trends among practicioners of diverse origins and trainings.
Written a few years before the diffusion of the germ theory of disease, Dr Schliemmer's scientific compendium illustrates at best the kinship that linked in his time the branches of medical knowledge between East and West.

Andrew J. Newman (University of Edinburgh) : «Perceiving the Past: The Role of Ibn Babawayh in Safavid Medical Theory and Practice»
Researchers in the history of Islamic medicine are increasingly aware of the importance of the hadith as sources for believers’ understanding of illness and wellness. Investigation of the Twelver Shi`i hadith to date have suggested that Imamis had access to a variety of bodies of medical theory and practice and that, as such, the Shi`i variant of the prophetic medical tradition was much more complex than might be thought. As it was the time frame in which the Twelver faith finally found a home, the Safavid period (1501-1722) in Iran was an especially important period in the development of the Shi`i religious sciences, not the least of these being hadith studies. Just as the two centuries following the occultation of the twelfth Imam produced three ‘Muhammads’ who between them compiled the four early, great collections of Twelver hadith, the second of the two centuries of the Safavid period had its ‘three Muhammads’ – Fayz al-Kashani (d. 1091/1680), Baqir al-Majlisi (d. 1110/1699) and al-Hurr al-‘Amili (d. 1104/1693) who produced their own still-influential hadith compilations – al-Wafi, Bihar al-Anwar and Wasa’il al-Shi`a. Where in the first Safavid century, interest in hadith studies was restrained, the latter period’s ‘three Muhammads’ – al-Majlisi especially – were known for having searched far and wide for previously uncited texts. They also cited texts from and available in earlier hadith compilations.
The present study examines the relationship between Safavid and Buyid-period scholars generally and, in particular, Imami scholars’ changing understanding of the Imams’ views of illness and wellness by investigating the medical texts cited from the collections of Ibn Babawayh, Muhammad b. `Ali (d. 381/991-2), by Muhammad Baqir al-Majlisi in his magisterial Bihar al-Anwar. Ibn Babawayh is best known in the West for his masterful Man la Yahduruhu al-Faqih, one of the four great collections of of the Imams’ texts dating from the immediate post-occultation period. Al-Majlisi’s judicious attention to others of Ibn Babawayh’s compilations reminds us of their existence and importance and, as importantly, illustrates the role envisioned for them by Majlisi for the many scholars of his own day possibly less well-versed in the history and achievements of earlier generations. The present paper will shed light both on the hitherto unexplored implications of Ibn Babawayh’s legacy for the understanding of Shi`i prophetic medicine and on Safavid-period scholars’ understanding of the legacy of their predecessors generally, and that legacy as it related to material medica in particular.

Neshat Quaiser (Jamia Millia Islamia, New Delhi) : «Narrative of Medical Science Culture and Unani in Colonial India» 
Significant studies on social history of medicine of colonial India has addressed the question of medicine in colonial India/colonial medicine from the perspective of specific colonial requirement, expansion and medicine as a means of domination. Similarly, the question of science in colonial India and of colonial science has attracted the attention of social science scholars such as George Bassala (1967), Michael Adas [1989], David Arnold (1999; 2000), Zaheer Babar (1996), Daniel R Headrick (1981; 1988), Gyan Prakash (1999), Mark Harrison (2005) among few others. But the science in the domain of medicine and debate around it in colonial India is yet to receive adequate response. However, the situation with regard to the question of science- as introduced by the West in colonial India - in the context of encounter between the Indian systems of medical knowledge and practices and modern European system of medicine and debate that this encounter generated on the question is still worse and is an area of enquiry that needs attention (see Neshat Quaiser, 2001, 2003 for some debate).
The question of science in colonial India was much more visible in the domain of medicine. The culture of medical science and practices in India outside the ambit of colonial project of medicine was plural in nature. Diversity of medical knowledge and practices were influenced by cultural practices in addition to expert medical knowledge including Unani system. It was not only plural but also and significantly dispersed as opposed to concentration of medical knowledge at the elite expert level. With the advent of colonialism the western biomedicine was projected by the coloniser as a superior form of knowledge as a part of overall project of colonial domination. The colonial administration insisted on approved and licensed standardization of knowledge.
This paper would deal with the above question with reference to the intense encounter between Unani and western systems of medicine in colonial India. It would bring into its fold of discussion the questions of rational/irrational, body, science, notions of progress and development, East and West and other colonially constructed binary oppositions and responses and counter responses on these question from votaries of Unani and Western medicine. The paper would discuss these responses both at expert and popular levels.
The paper should contribute to the understanding of science in colonial India specially with reference to Unani medicine.The paper would primarily rely on the material from Urdu sources- journals, newspapers, private collections, manuscripts, folklores etc.

 Mohammad Sadr (Shahid Beheshti University of Medical Sciences, Teheran) : «The mystical dimension in Nur al-Din Shirazi medical encyclopaedia dedicated to Dara Shikoh»
Nur al-Din Mohammad Shirazi is one of the famous Indian physician of the Moghul age. The Tibb-i Dara Shikohi is his most important medical work, which had been dedicated to the prince Dara Shikoh, the son of Shah Jahan. In this book, beside medical topics, different subjects such as mysticism, music, astrology, arithmetic and other sciences have also been covered. In different parts of the book Bur al-Din covers religious and mystic topics, such as interpretations from the Quran and other religious and mystic texts. Nur al-Din describes topics such as unusual events, prophecy, the correspondences between the human body and macrocosm. Nur al-Din wrote also another treatise on mystical topic entitled Resala-ye Marateb al-wujud. Discussion the birth of Christ, he introduces different Gnostic opinions and especially that of Ibn Arabi.

Fabrizio Speziale (IFRI, Tehran) : «Entre classicisme arabe et adaptation du savoir indien : le rôle des traductions dans le corpus médical indo-persan de l’époque moghule»
Je me propose de présenter dans mon intervention quelques réflexions comparatives sur le rôle des traductions à partir de l’arabe et du sanscrit dans la production littéraire médicale indo-persane de l’époque moghule (1526-1858). Mon intention est d’analyser l’influence du classicisme arabe d’un point de vue critique en comparant avec l’autre grand processus de traduction scientifique vers le persan réalisé à la même l’époque, mais celui-ci à partir de sources indiennes.
Aucune étude systématique n’a été entreprise sur le problème de la traduction et de la circulation des classiques arabes sur la médecine dans les autres langues islamiques qui se sont affirmées comme langues scientifiques, notamment le persan, le turc et l’ourdou. Sur la question de l’influence du classicisme arabe sur la littérature médicale islamique post-classique, on se limite souvent à accepter l’idée que les médecins de l’époque moderne ont montré une foi aveugle dans l’autorité des maîtres à penser de la tradition : ce qui les a empêchés de faire progresser leurs connaissances ou de prendre des chemins scientifiques nouveaux.
L’analyse de la littérature indo-persane révèle les limites de la théorie selon laquelle la production littéraire médicale islamique tardive se borne essentiellement à une exégèse des classiques, et en particulier des ouvrages considérés comme ‘classiques’ parce qu’ils ont été traduits en latin. On peut en effet remarquer que des textes comme le Liber regius de Haly Abbas, le Liber Almansoris et le Continens de al-Razi, ou le Colliget de Averroès n’ont jamais été l’objet de traductions ou de commentaires célèbres en persan ! De tels classiques arabes circulèrent bien davantage en version latine qu’en traduction persane. Cela ne paraît pas simplement typique de la production scientifique indo-persane : il suffit de rappeler qu’aucune traduction ou commentaire complets en persan du Canon d’Avicenne réalisé en Iran à l’époque safavide n’a acquis la moindre notoriété.
Par contre le processus d’adaptation du savoir médical indien en langue persane fut parmi les grands mouvements de traductions scientifiques réalisées dans le monde islamique. En ce qui concerne la médecine et les sciences naturelles, il s’agit sûrement du plus important processus d’adaptation réalisé dans le monde musulman à l’époque moderne, à partir d’une langue non islamique. Cependant, parmi les grands mouvements de traduction scientifique, celui du sanskrit en persan reste sûrement le moins étudié, et de nombreuses sources demeurent inconnues même dans les répertoires bibliographiques. En fait, il se réalisa à une époque sur laquelle prévalait l’image statique transmise par un certain orientalisme, d’études médicales islamiques comme paralysées par l’incapacité de produire quelque chose de neuf.

Hasan Tajbakhsh (University of Tehran) : «The place of Baha al-Dawla Razi in Safavid medical scene»
Baha al-Dawla Razi was on of the greatest physicians of the Safavid epoch. He was the grandson of Sayyid Muuhammad Nurbakhsh (m. 1464) the mystic and founder of the Nurbakhshiyya Sufi order. Shah Qasem, the father of Baha al-Dawla was both a Sufi and a physician, and a physician was also Baha al-Dawla’s brother, Shams al-Din. The same Baha al-Dawla was also a spiritual guide of the Nurbakhshiyya order. In Herat Baha al-Dawla was associated with an Indian physician and probably learnt some knowledge from him. In his famous medical work, the Khulasat al-tajarib fi-l-tibb (Summary of Medical experience), Baha al-Dawla mentions some Indian methods. Baha al-Dawla composed the Khulasat al-tajarib in 907/1501-2 in the village of Tarasht (nowadays a district in west Tehran) and this work stand as a masterpiece of Persian medical literature. Beside this medical work Baha al-Dawla was the author of the Hedayat al-khayr, a work on mystical traditions.

Anna Vanzan (Università di Milano) : «Yunani Medicine: Is There a Place for Women?»
Although the role and function of women in the history of yunani medicine have still to be studied thoroughly, yet there are many evidences about women’s relation with health in Muslim Asia, either as sponsors of health institutions or practicing medicine themselves. For example, some Western travelers to the Indian sub continent hint to the fact that ladies in the Mughal harem had medical knowledge and such an indication is confirmed by the memoirs of Mughal rulers who were nursed by their female relatives. The presence of some tabibas at the Mughal court is also documented, and it is interesting that some Mughal kings would also benefit from the treatment offered by these female physicians.
As expected, many women would practice folkloric medicine, and this was of concern to Muslim reformers at the turn of the 19th century: so much so that, as an attempt to take women away from charlatans’ influence, Mawlana Thanavi included a chapter devoted to the subject of medicine in his famous adab book addressed to women, the Bihisthi Zewar (The Heavenly Ornaments), proving that he considered medicine as an indispensable requirement in order to complete women’s education.
Naturally, women did not have any formal medical education until the beginning of the 19th century, and it is noteworthy that it was a Muslim woman, namely Sultan Jahan Begum of Bhopal, who instituted one of the first schools for women nurses in the sub continent (1909), thus combining her deep interest in women’s progress with the concern for reforming yunani medicine.
By outlining women’s presence in the history of tibb, the paper aims to bring into a new arena and merge both research on yunani and on gender issues in the sub continent.  

 Ziva Vesel (CNRS, Paris) : «Considérations sur l’encyclopédie de sciences naturelles compilée pour Awrangzeb : Farhang-e Awrangshahi»
Le Farhang-e ‘ajâyeb wa al-haqâyeq-e Awrangshâhî, rédigé pour Awrangzeb (r. 1659-1707) par Hedâyat-allâh Muhammad Mohsen Qoreyshî Hâshemî Ja'farî s’est conservé dans un manuscrit unique illustré qui constitue probablement l’original (Calcutta, Asiatic Society of Bengal). Compilation de grande envergure (601 fols., MS cependant lacunaire et parfois mal relié), le texte traite essentiellement des sciences naturelles (plantes, animaux) mais demeure cependant d’une lecture agréable (poèmes, hekâyat) où les éléments de la littérature des merveilles (‘ajâyeb) tiennent une place non négligeable.
Du point de vue de l’histoire des sciences et des techniques, l’ouvrage apporte des éclairages divers qui demandent une étude détaillée: d’une part le grand nombre de sources - exclusivement persanes – compilées est remarquable. Une quarantaine sont citées de façon récurrente. Ceci apporte des variantes/versions pour des sources déjà connues (p.ex. la description du chahâr-bâgh), ou éventuellement perdues.
Par ailleurs, ce sont  les sources médicales qui sont le plus souvent citées, suivies des sources d’agriculture (principalement sur l’horticulture et l’arboriculture); la description des techniques d’élevage du ver à soie et des abeilles, la description des puits, etc. sont à analyser pour les techniques.
Du point de vue de la lexicographie, l’auteur donne habituellement le terme arabe, persan, turc et plusieurs termes indiens;
Enfin la présentation en tableau est utilisée aussi bien pour la lexicographie que pour les classifications d’espèces traitées.
 L’ouvrage gagne à être comparé aux autres compilations semblables dans le monde indien.

Hakim Syed Zillur Rahman (Ibn Sina Academy of Medieval Medicine, Aligarh) : «Contribution of Azizi Family in Unani Medicine»
The Azizi family of Lucknow (India) contributed a glorious chapter to the history of medicine in India. This family enjoyed a unique distinction in the galaxy of Tabibs. The progenitor of the family, Hakim Mohammed Yaqub, established the traditions of employing simple drugs, as far as possible, in the treatment of diseases, and this characteristic was latterly followed by all his successors. Treatment by simple drugs was a distinguishing feature of all members of this family. They never used drugs, which produce instant effects with ultimate harm to the human body. They also did not use drugs which were not tested and approved by ancient physicians or whose use was not confirmed or certified by any authoritative book. Aided by their intelligence and hard work, they acquired proficiency in diagnosis. They never treated a case unless they were sure of their diagnosis, attached great importance to the judicious selection of drugs and varied them according to the exigency. There was a time in Jhawai Tola, Lucknow, the locality where the members of the Azizi family lived and practiced, was known all over the Indian subcontinent, as Dar Alshifa [the house of relief and recovery]. The clinics of Dar Alshifa were visited by throngs of patients drawn from every part of the country and of every class of the society, and each clinic had its own quota of students. The ensuing paper will discuss in length the contributions of Azizi Family in the field of Unani Medicine.


Les hôpitaux en Iran et en Inde des Safavides aux Pahlavi (colloque)

Le jeudi 25 janvier 2007/5 bahman 1385 s'est déroulé au Musée National Iranien d'Histoire de la Médecine le premier colloque, organisé par Fabrizio Speziale pour l'IFRI, avec la collaboration de Amir Mehdi Taleb et Omid Sadeghpur, sur le thème Les hôpitaux en Iran et en Inde des Safavides aux Pahlavi. Après l'ouverture de la séance, effectuée par les Dr. Shariati (Directeur du Musée National Iranien d'Histoire de la Médecine) et Christian Bromberger, directeur de l'IFRI, neuf interventions se sont succédé jusqu'à la fin de la journée.

La première, celle du Dr Omid Rezai (Sazman-e awqaf, Téhéran) a mis en relief le rôle des waqf dans la fondation des hôpitaux à partir de la fin du 19e siècle (1320 hq). Se basant sur l'étude de nombreux documents, le Dr Rezai a montré comment, à Karaj tout d'abord, puis à Arak, Shiraz, Qazvin, Sari, Kerman… les hôpitaux ont bénéficié des revenus des biens de mainmorte (qanats, caravansérails, moulins, vergers), et cela à une époque où la multiplication des hôpitaux étrangers fondés par les missions rendait urgente une reprise en main des services médicaux par les institutions religieuses locales.

L'intervention suivante, celle du Dr Fazel Hashemi (Astan-e Qods Razavi, Mashhad), a aussi mis en lumière le rôle du waqf dans les fondations hospitalières, et cela dans le cadre de l'Astan-e Qods de Mashhad. Parmi les millions de titres de propriété (asnad) que détient la fondation, plus d’une centaine de documents officiels se rapporte à l'entretien d'hôpitaux. La première partie de l’intervention a traité de l’hôpital attaché au sanctuaire de l’imam Reza, établi à l’époque safavide et dont le directeur fut le célèbre médecin Imad al-Din Mahmud de Shiraz (m. 1590 env.), tandis que la deuxième partie a traité de l’hôpital fondé après l’époque safavide à proximité de l’Astan-e Qods.

Après une brève pause, le Dr Speziale (IFRI-Università Gregoriana, Rome) a présenté les hôpitaux islamiques fondés au Deccan du début du pouvoir musulman jusqu’au 20e siècle. L’exposé s’est ouvert sur la présentation de l’hôpital fondé au Deccan par les sultans Bahmanides dans la ville de Bidar ; F. Speziale a ensuite présenté l'hôpital que le sultan shi'ite Qutb Shah fonda à Hyderabad au début du dix-septième siècle, et dont les ruines constituent les plus anciens vestiges architecturaux d’hôpitaux indo-islamiques encore visibles aujourd’hui. La deuxième partie de l’exposé a décrit l’histoire du grand hôpital de médecine traditionnelle islamique édifié en 1938 à Hyderabad par les princes Nizams. L’intervention a été illustrée par plusieurs photographies des hôpitaux du Deccan. A la suite de cette conférence, un débat a eu lieu sur la pertinence du terme de "médecine coloniale" employé par le Dr. Speziale.

Cette intervention a été suivie de celle du Dr Muhammad Husseyn Saket (Mirath-e Maktub) sur l'enseignement médical dans les hôpitaux iraniens. Le Dr Saket a rappelé l'historique de cet enseignement, qui prend naissance à Gondishapur, avec les Nestoriens. Passant à Bagdad, à l'époque abbasside, il a souligné les différentes formes que prenait alors l'enseignement de la médecine (essentiellement privé, réservé à une minorité): s'il était stipulé que les médecins devaient enseigner leur art, certains médecins célèbres se sont formés tout seuls: c'est le cas de Ibn-e Sina, qui fut un autodidacte. Le Dr Saket, venant ensuite au cœur de son sujet, a évoqué le cas de l'Hôpital Sepahselar, à la fin du 19e siècle, où l'enseignement faisait partie de la fondation hospitalière.

Une discussion animée sur le rôle des waqf, de leur emploi et/ou de leur détournement a achevé la matinée

.La session de l’après-midi a débuté avec l’intervention de Dr Payam Shams al-Dini (chercheur indépendant) qui a traité des hôpitaux de la ville de Yazd. Payam Shams al-Dini a commencé par des remarques sur les hôpitaux actifs à Yazd avant l’époque safavide. Sa contribution s’est ensuite centrée sur les hôpitaux établis à l’époque moderne, y compris ceux qui furent édifiés par les médecins et les missionnaires occidentaux. Il a décrit les waqf accordés à ces hôpitaux et a également mentionné les plus importants médecins zoroastriens qui y furent employés.

Le Dr Sadiq Sajjadi (Dairat al Ma‘arif Buzurg, Teheran), qui n’a pu être présent au colloque, s’est fait représenter par le Dr Yunus Karamati (Dairat al Ma‘arif Buzurg, Teheran), qui a lu son intervention sur les activités des missions occidentales en Iran.

La contribution de Sadiq Sajjadi a dressé un tableau des principaux hôpitaux établis par les Occidentaux dans les villes iraniennes les plus importantes. Il a commencé par la description de l’hôpital établi à Hormuz sous les Portugais et a donné ensuite un intéressant portrait de l’activité des missions américaines, dont le premier hôpital fut établi dans la ville de Orumieh.

L’intervention de Mohsen Rusta’i (Sâzman-e asnad va ketâbkhâneh-ye Melli Jomhuri Islami Iran) a traité des hôpitaux édifiés en Iran à l'époque Qajar. Mohsen Rusta’i a souligné le fait que c'est surtout à cette époque que le terme Bimaristan devient habituel pour désigner les hôpitaux. Mohsen Rusta’i note qu'avant l’arrivée au pouvoir des Qajars, les hôpitaux importants actifs en Iran étaient très rares: la suite de son exposé est une description détaillée des hôpitaux établis à l'époque qajar dans les villes les plus importantes d’Iran.

L’intervention suivante a été celle de Dr Hasan Tadjbakhsh (Professeur Émérite, Université de Téhéran) sur les hôpitaux de l’époque safavide. Le Dr Tadjbakhsh a décrit les hôpitaux qui furent édifiés sous les Safavides à Tabriz, Qazvin, Mashad, Shiraz, Isfahan, Ardabil. Il a aussi évoqué les médecins les plus importants qui furent actifs dans ces hôpitaux, parmi lesquels ‘Ali Afzal Qazvini, Kamal al-Din Shirazi et Imad al-Din Shirazi. La discussion qui a eu lieu à la suite, a mis en évidence le fait qu’il ne reste aujourd’hui aucune vestige architectural des bâtiments de ces hôpitaux, tout comme il n'y a que très peusont de notices sur les waqf qui n'ont pas manqué d'être accordés à l' époque pour les frais d'entretien de ces institutions.

La dernière intervention a été celle de Dr Yunus Karamati (Dairat al Ma‘arif Buzurg, Téhéran) sur les hôpitaux de Téhéran et l’œuvre des médecins européens actifs dans les hôpitaux de la capitale ; la seconde partie de l’intervention a évoqué les premiers hôpitaux de spécialité qui y furent établis, tels les hôpitaux pédiatriques

Haut de page
 

Autorité spirituelle et savoir médical en islam (colloque)

Le deuxième colloque sur l'histoire de la médecine a eu lieu au Musée National Iranien d'Histoire de la Médecine le 14 juin 2007/24 khordad sur le thème : Autorité spirituelle et savoir médical en islam. Coordonné par Fabrizio Speziale et Amir Mehdi Taleb, le colloque était organisé par l'IFRI, l'Institut de Recherche sur l'Histoire de la Médecine Islamique et le Musée National Iranien d'Histoire des Sciences Médicales.

Le colloque a été inauguré par une allocution du Professeur Christian Bromberger, directeur de l'IFRI, puis par celle du Dr Mehdi Taleb qui a insisté sur la notion de responsabilité religieuse dans la recherche scientifique en général, et médicale en particulier. M. Taleb s'est référé au Coran et au Nahj ol-balaqa comme sources incontournables du shi'isme pour déterminer la place des théories scientifiques.

Le Dr Mohammad Mehdi Esfahani a ensuite exposé les rapports entre médecine islamique et autorité religieuse. Après avoir cerné la notion de "médecine islamique", dans son histoire comme dans ses fondements scientifiques et idéologiques, il a insisté sur la modernité de cette notion et sur son adéquation à la pratique contemporaine de la médecine.

L'exposé suivant, celui du Dr Mehdi Ebrahimi, avait pour sujet les fondements spirituels de l'éthique médicale. M. Ebrahimi a débuté son exposé en rappelant la différence fondamentale entre l'éthique, qui a un rapport avec le cognitif, et le mysticisme, de dimension ésotérique. La théorie avancée dans son exposé vise à démontrer qu'il est possible de fonder l'éthique médicale sur une nouvelle structure aux dimensions spirituelles. Les principes de cette éthique pourraient être ainsi formulés: la soumission absolue à la volonté divine; la patience et l'endurance.

Cette communication a été suivie de celle du Dr Muhammad Karimi Zanjani Asl, qui a présenté le plus ancien exemplaire connu de la Risala al-Dhahabiyya, traité médical attribué au huitième imam, 'Ali b. Mussa al-Ridha. Cet exemplaire, récemment découvert, remonte au 8e/14e siècle et porte la date de 715hq. Sa découverte coupe court aux polémiques sur l'attribution du traité à l'Imam Ridha, qui reposaient sur le fait que les premières mentions qui sont faites du traité datent du 11e/17e siècle (Mohammad b. Jomhur). M. Zanjani Asl a mis l'accent sur le sujet et la structure du traité qu'il compare avec les textes de la tradition médicale indo-gréco-iranienne du 3e/9e siècle. Il a ensuite porté son attention sur la traduction persane de ce traité par al-Salmasi, traducteur dont nous ignorons tout,  et qui date du 7e/13e siècle. M. Zanjani Asl s'est attaché aux caractéristiques linguistiques de la traduction, qu'il a replacée dans le contexte de la médecine à Isfahan au 7e/13e siècle.

Une discussion générale a suivi les trois communications, qui ont repris dans l'après-midi avec l'exposé du Dr Fabrizio Speziale.

Le propos du Dr Speziale était de reconsidérer le rôle joué par les élites spirituelles dans la diffusion du savoir médical en Inde musulmane à l'époque moderne. Loin de s'y être opposées et d'avoir été le facteur d'obscurantisme et de déclin que décrit un certain orientalisme européen à la suite de Christophe Burgel, ces élites ont au contraire soutenu cette diffusion qui s'inscrit dans le cadre d'un vaste mouvement de traduction vers le persan. F. S. a exposé que les traditions médicales du Prophète exaltant les vertus des sciences et de la médecine offraient un cadre intellectuel important et une autorité scripturaire solide pour appuyer les médecins musulmans indiens dans leurs efforts pour transposer en persan la science médicale indienne et en particulier sa vaste pharmacologie. Bien que d'importants soufis se soient dressés contre l'activité des savants indiens, leurs connaissances et la pénétration de l'influence indienne dans la société musulmane indienne, les sphères mystiques et religieuses ne s'opposèrent pas réellement au processus d'assimilation des disciplines scientifiques non-musulmanes. Tout au contraire, ces élites spirituelles jouèrent un rôle actif dans l'adaptation en persan de la connaissance médicale indienne: une part non négligeable de la littérature indo-persane traitant de médecine indienne fut composée par des auteurs liés aux ordres soufis et aux grands cercles religieux et mystiques.

En l'absence du Dr Seyyed Ahmad Emami, son exposé a été lu par le Dr Taleb. Le thème en était le Tibb al-A'imma de Seyyed Abdollah Shubbar : après une biographie sommaire de l'auteur, la liste de ses maîtres et celle de ses disciples, S. A. Emami a présenté les 131 chapitres de l'ouvrage, tous consacrés à la médecine et à la religion: on y trouve, outre des conseils d'éthique médicale sh'ite destinés aux malades comme aux médecins, une description des vertus médicinales de nombreuses plantes, les symptômes des maladies et la manière d'établir les diagnostics. La liste des références utilisées par Shubbar a complété cet aperçu.

Le dernier exposé, celui du Dr Hamed Shams Niya, a traité de la symbolique des aliments et des substances médicinales dans les sources yarsan (Ahl-e haqq). H. Shams-Niya, après une mise au point sur l'emploi du terme yaresan (et non ahl-e haqq), que l'on trouve couramment dans les sources de la confrérie, rappelle la place importante des symboles en Orient. La confrérie yarsan ne fait pas exception à la règle, et les concepts ésotériques sont souvent présentés dans les textes en termes codés, où les fleurs et les fruits ont une place significative. La fleur représente le Tout, mais peut aussi symboliser la lumière. La feuille est la représentation symbolique de l'existence, tandis que le narcisse évoque le stade de l'illumination ésotérique. Le grenadier et son fruit représentent les concepts qui sont évoqués dans l'ordre des "sept corps" (haft tan) des Yarsan, avec lequel la noix de muscade a aussi un lien: elle est  présente dans les rites d'intronisation dans la confrérie. On trouve mention de ces plantes dans les textes anciens concernant ces rites.

Haut de page

Relations intellectuelles et renouveau de la pensée religieuse en Iran et en Inde musulmane à la période moderne (1500-1900). (colloque)

Les 30 juin, 1er et 2 juillet 2007/20, 21 et 22 khordad 1386, Fabrizio Speziale et Denis Hermann ont organisé un colloque international sur le thème: Relations intellectuelles et renouveau de la pensée religieuse en Iran et en Inde musulmane à la période moderne (1500-1900). Ce colloque, co-organisé par l'IFRI, l'Institut Iranien de Philosophie et Iran Heritage Foundation (Londres) s'est déroulé dans les locaux de l'Institut Iranien de Philosophie.

Le colloque, qui a rassemblé de nombreux participants, a été inauguré par le Professeur Christian Bromberger (directeur de l'IFRI) et par le Dr Gholam Reza Aawani (directeur de l'IRIP). Les communications, qui feront l'objet d'une publication en 2008, co-éditée par l'IFRI et les éditions Klaus Schwarz à Berlin, ont été présentées en anglais, persan et français. Les résumés qui suivent (dans l'ordre des communications) sont ceux que les auteurs ont fournis:

Corinne Lefèvre-Agrati, (CNRS, Paris) : « Jahângir and his ‘brother’ Shâh ‘Abbâs: Political Competition and Circulation between Mughal India and Safavid Iran »
Since the time of Bâbur, the Safavids - rather than the Ottomans or the Uzbeks - were the dynasty with which the Mughals were the most closely connected. This intimate relationship also entailed a strong territorial and ideological rivalry. Competition with the Mughals played an important role in the new ideological formulas elaborated during the reign of Shâh ‘Abbâs (1587-1629). Whatever the intensity of this rivalry, it never acted as an impediment to the circulation of goods, people, or ideas between the two poles. As a matter of fact, the migration of Iranian elites into Mughal India crucially informed the shaping of Mughal culture and state. This was especially the case under Jahângir (1605-1627) whose reign is generally associated with Iranian administrative hegemony. While the iranophily of the ‘world conqueror’ has often been deemed a sign of political weakness, it is here thoroughly re-examined.

Richard C. Foltz, (Concordia University, Montreal) : « Two Persian-Language Travelogues of Mughal India »
Two fascinating travelogues of India written by visitors from eastern Iran in the 1620's have survived in rare Persian manuscripts. The first is an account by a seventy-year-old musician from Samarqand, "Motrebi," who travels to Lahore and gains a series of audiences with the Mughal Emperor Jahângir. The second, by a young man named Mahmûd b. Amr Valî from Balkh, describes his adventure-filled six years of travels around the Indian subcontinent.
The two accounts differ dramatically in that the first focuses entirely on life at the royal court, whereas the second provides detailed accounts of Indian life outside the palace walls. The former focuses on the elite Perso-Islamic culture of India familiar to the Samarqandi visitor, while the latter account emphasizes the exotic aspects of India such as its women, its nature, and local religious traditions.

Shahram Pazouki (IRIP –Téhéran) : "Le retour des ne’matollâhi d’Inde en Iran à la fin de l’époque zand"
La répression du soufisme engagée par le pouvoir safavide au cours du XVIIème siècle a contraint la confrérie ne‘matollâhi à quitter l’Iran pour le Deccan indien plus accueillant. Cependant, nous avons malheureusement très peu d’informations sur l’histoire de la confrérie dans cette dernière région. La plupart des qotb (pôles) qui ont dirigé la confrérie ont été enterrés dans un somptueux sanctuaire à Bidar, situé au nord de Golkunda.
L’ordre n’a pu se réimplanter en Iran qu’au cours de la période zand. Le principal qôtb du Deccan, Shâh ‘Ali Rezâ Dekâni, envoya deux de ses disciples en Iran pour qu’ils revivifient le soufisme et la confrérie ne‘matollâhi en Iran : Shâh Tâher Dekâni et Ma‘sum ‘Ali Shâh. Ce dernier fut assassiné sous l’ordre de Mohammad ‘Ali Behbahâni qui était alors l’un des plus célèbre et influents faqih (docteur de la loi) de son temps. C’est ensuite son successeur, Nur ‘Ali Shâh Esfahâni, qui fut l’un des rénovateurs les plus actifs de l’ordre ne‘matollâhi en Iran. Lui et ses principaux disciples comme Mozaffar ‘Ali Shâh, Moshtâq ‘Ali Shâh, Hossein ‘Ali Shâh et Majzoub ‘Ali Shâh rencontrèrent pour autant une vive opposition de la part des docteurs de la loi et beaucoup d’entre eux furent assassinés à leur tour.
Il est pour autant nécessaire de reconsidérer l’histoire des relations entre le clergé et la confrérie ne’matollâhi à la période qâjâr. L’un des ouvrages majeurs du célèbre juriste Seyyed Bahr al-Olum, Seyr va Soluk, le démontre.

Andreas D'Souza (Henry Martin Institute, Hyderabad) : "Influence of Rozweh-Khwani on the development of Nahwa"
The centuries old exchange between Iran and the Deccan has given rise to a rich intellectual, cultural and religious heritage, which is evident in various aspects of life in Hyderabad, once the capital city of the Qutub Shahis. One example is the development of a genre of elegy known as nawha. During the annual Muharram mourning period Hyderabadi Shiah poets compose and recite this genre of poetry at the end of a majlis when mourners perform matam. The rowzat al-shuhada (the garden of the martyrs) narrating the horrible massacre of the Prophet's family became a standard source for mourning rituals in Iran during the Safavid dynasty. When Qutub Shahis made Shiite Islam a state religion first in Golkonda and then in Hyderabad rowzat al-shuhada played a crucial role in providing inspiration for the development of majlis. The excerpts from it used during the majlis were called rowze khwani and the reciter was known as rowze khwan. In this paper I will show nawha as a derivation of rowzeh-khwani that was particularly adapted to the Deccan during the Qutb Shahi dynasty. I will look at a couple of contemporary Hyderabadi poets who are writing nawhas in Persian and demonstrate how these mournful poems while remaining true to the present context of the Shiahs have close ties with its Iranian source, the rowzat al-shuhada.

Karen G. Ruffle (University of Miami) : "Karbala in the Indo-Persian Imaginaire : The Marriage of Qasem and Fatimah Kubra in Mir 'Alam’s Dah Majlis"
This paper examines the development of Shiite literature commemorating the battle of Karbala in the Deccan of South India. Just as texts and performances commemorating the battle of Karbala were translated into a Iranian idiom by sixteenth-century Persian writers, notably Mulla Husain Va'ez Kashefi (Rowzat al-Shohada) and Mohtasham Kashani (Karbala-name), so, too, were these texts brought to the Deccan where they acquired distinctive South Indian cultural, ecological and linguistic forms. Close diplomatic and religious ties between the Shiite Safavid dynasty in Iran and the Qutb Shahi dynasty in India, fostered a flowering of the literature and forms of ritual performance commemorating the battle of Karbala. Kashefi’s Rowzat al-Shohada and Mohtasham’s Karbala-name achieved nearly instantaneous popularity in the Deccan. The popularity of these texts endured as their Persian-Iranian worldview and idiom was translated into a more immediately understandable and relevant Urdu-Deccani form. Taking the account of the battlefield wedding of Qasem, the thirteen year-old son of Imam Hasan to Fatimah Kubra, the daughter of Imam Husain written by Mir ʿAlam, the Diwan of the Nizam Sikandar Jah in 1781, as an example, this paper shall explore the enduring influence of the Persian literary tradition, while highlighting the significant ways in which this Deccani-Urdu account of Karbala reflects an Indic worldview.

Sonja Brentjes (Independent scholar, London) : "The Mathematical Sciences in Safavid Iran : Questions and Perspectives"
Safavid mathematical sciences have found little attention until recently when George Saliba and David King pointed to some important texts written at the beginning of the Safavid period and some remarkable instruments produced at its end. The perspectives both scholars offered for situating these products are part of a larger issue that configures our views of Safavid science - the evaluation of scientific activities and their results in early modern Islamic societies on the basis of those undertaken under their historical predecessors several centuries earlier. As a result, the focus is on a vertical, not a horizontal historical investigation. It is content and technique that matter, not the context. In my paper I will try to demonstrate what kind of insights might be gained when supplementing the vertical approach with a diachronic study. I will talk about dedicated manuscripts and their contexts.

Fabrizio Speziale (IFRI, Tehran) : "Les versions persanes des sources indiennes sur les sciences naturelles et de la vie en Inde musulmane"
Les contacts des savants musulmans avec les sciences indiennes ont commencé bien avant l’implantation stable du pouvoir islamique au sous-continent. La phase indienne des traductions scientifiques du sanskrit en persan commença après l’instauration du sultanat de Delhi au début du XIIIe siècle : les savants musulmans donnèrent alors vie à un important processus d’adaptation en persan du savoir scientifique indien sur les sciences naturelles et de la vie. A l’époque moderne, le passage du sanskrit au persan puis à l’ourdou doit être considéré comme l’un des grands mouvements de traduction scientifique réalisés dans le monde islamique : il est le second en importance en ce qui concerne les traductions à partir de langues non islamiques, après le passage du grec vers l’arabe. Ce mouvement dura environ sept siècles et produisit des textes importants composés jusqu’à l’époque coloniale.
Plusieurs facteurs contribuèrent à modeler les divers aspects de ce processus, étroitement liés aux facteurs politiques et intellectuels qui déterminaient le reste de la production scientifique indo-musulmane. Les ouvrages sur les sciences indiennes étaient rédigés souvent par des savants attachés aux cours islamiques, et plusieurs furent dédiés à des souverains et ou des nobles musulmans. Dans la Babel linguistique du monde indien, des monarques musulmans patronnèrent également des langues non islamiques, et c’est ainsi que l’on trouve aussi dans la sphère scientifique quelques exemples en sanskrit parallèlement à des ouvrages scientifiques persans commandés par des nobles indiens non musulmans

Svevo D'Onofrio (University of Bologna, Bologna) : "A Persian commentary of the Upanishads :Dara Shikoh's Sirr-i akbar"
The classicist approach to Persian translations from Sanskrit texts - which considered them faulty and biased, an obstacle to the true understanding of Hindu religious and philosophical thought - might be proven partly wrong in the case of one of the most celebrated cultural endeavours of the Mughal Era: Prince Dara Shikoh's translation of fifty Upanishads under the name of Sirr-i akbar. A reconstruction of the context in which the work was produced, together with a comparative analysis of its contents (in the Sanskrit original and in translation), reveals it to be more than just "A mixture of gloss and text with a flimsy paraphrase of both", as Sir William Jones once said on the Persian translations from Sanskrit in general. Instead, as a stratigraphic analysis of some specimen texts seems to indicate, the Sirr-i akbar might be profitably thought of as a consistent Advaita bhashya (commentary) on a collection of Upanishads, glossed in turn by a sporadic tika (sub-commentary) of Sufic tendencies - in accordance with the Indian traditional commentary genre.

Mohammad Karimi Zanjani Asl (Chercheur indépendant) : "L’hindouisme et les commentateurs indiens de la philosophie illuminative"
L’œuvre de Sohrevardi possède plusieurs similitudes avec le bouddhisme tel qu’il est présenté dans le Jâtaka. Ce savant a assumé l’héritage indien qu’il présente comme l’une des ses quatre sources d’inspirations principales. Son œuvre commence à être connue en Inde à partir du 8/15ème siècle par plusieurs biais et notamment l’exposé philosophique de Mir Dâmâd et celui de Mollâ Sadrâ Shirâzi. De nombreux savants indiens s’y sont alors intéressés.
Le premier commentateur indien de son célèbre Hekmat al-Eshrâq a été Ahmad Heravi. En 1008/1599, il a comparé pour la première fois l’œuvre de Sohrevardi avec la philosophie hindoue, et notamment la doctrine advaitâ. L’approche d’Ahmad Heravi a trouvé un grand écho dans le sous-continent et l’on a continuéi à comparer l’hindouisme à la théosophie sohrevardienne jusqu’à la période contemporaine. Pour démontrer ce processus, nous proposerons un commentaire du Nehâyat al-Zohur rédigé en 1945 par Qâsem ‘Ali Akhgar Heydarâbâdi.

Nasrollah Pourjavady (University of Tehran) : Jamal Dihlawi's Masnavi on Sufi terminology."
Jamal al-Din Kanboh 'Jamali' (d. 1536) of Delhi, one of the great Persian poets in India, was also the author of Mirat al-maani, an esoteric dictionary of the mystical symbolism used in Persian Sufi poetry. Though in some ways Jamali's definitions are more exact and useful than similar Persian works written in prose or verse, including the Gulshan-i raz of Shaykh Mahmud Shabistari, it has not been given the scholarly attention it is due. In my paper, I intend to outline the main characteristics of how Jamali tries to explain Sufi symbolism and poetic metaphors.

Sajida S. Alvi (Institute of Islamic Studies, McGill University, Montreal) : "Revivification of Chishti Tariqa in the 18th century Punjab."
Nur Muhammad Maharavi (1730-1790) is regarded a major Sufi master and the initiator of the intellectual and spiritual ascendancy of Chishtiyya tariqa in rural Punjab - 500 years after Baba Farid ad-Din Ganj-i Shakar (d. 1265). I am currently engaged in a major research project covering three generations of Maharavi's successors from 1745 to1860. This presentation is, however, limited to Maharavi and his spiritual guide (pir, murshid), Fakhr ad-Din Awrangabadi Dehlavi (d. 1785). While Maharavi was son of a herder, coming from a relatively lower Jat ethnic group, and grew up in rural Punjab, his master, Khwaja Fakhr ad-Din was a scion of nobility, a man of pen and sword, learned scholar immersed in spirituality, and successor to his father, Nizam ad-Din Aurangabadi (d. 1730), a major Sufi master in Deccan. Both Nur Muhammad and Fakhr ad-Din arrived in Delhi around 1751 - Fakhr ad-Din, a prominent Chishti Sufi spiritual murshid and Nur Muhammad, a penniless student, in quest of knowledge. He ended up in the Madrasa Ghazi ad-Din Khan Firoz Jang in close proximity to where Khwaja Fakhr ad-Din had settled down and started teaching. An enduring student-teacher and master-disciple (pir-murid) relationship developed between them.
Based on an in-depth textual analysis of discourses (malfuzat), correspondence (maktubat), biographies and historical sources, this microscopic study focuses on Maharavi's life, his intellectual and spiritual accomplishments, and interaction with his pir and fellow disciples (murid-bha'i) against the backdrop of a rich and vibrant intellectual, literary and spiritual milieu of Delhi. This presentation will explore socio-political and religious milieu of Punjab contributing to making Maharavi a major figure of his time.

Leonard Lewisohn (University of Exeter) : "The Place of the Qawa’im al-anwar of Raz-i Shirazi (d. 1869) in the Persian Sufi Tradition"
Abu’l-Qasim Shirazi (d. 1286/1869; ‘Raz’ by takhallus)—was the 35th Qutb of the Persian Dhahabi Sufi Order—whose mastery of the mystical methods and manners of the Sufi Path (ahwal wa adab-i tariqat) were highly praised by Rida Quli-Khan Hidayat in the Riyad al-‘arifin. His teachers in the exoteric sciences included Mulla Ahmad Yazdi and ‘Ali Akbar Zarqani. Abu’l-Qasim was described the “most prolific of all the Dhahabi masters,” composing some forty works of prose and poetry. As a poet, in particular, Raz attained considerable renown, composing some half a million couplets, thirty thousand of which belonged to his state of jadhba and the rest written from the quietude of spiritual attainment. His contribution to Persian Sufism and literature is highly praised in contemporary historical accounts (Fars-nama-yi Nasiri, Athar-i ‘ajam), and even such a staunch Ni‘matullahi source as Ma‘sum ‘Ali Shah praised him as being the “cream of the gnostics.” Having undergone numerous chillas and spent some twenty years in a state of jadhba, he was known for his intense spiritual fervour and longing.
He authored several autobiographical accounts: two mathnawi poems Tadhkira-yi raz and Manasik al-‘ashiqin wa masharib al-‘arifin and a prose treatise in Persian Qawa’im al-anwar wa tawala‘ al-asrar. All of these contain fascinating anecdotes of the typical education, travels and visionary experiences of a Sufi in the mid-nineteenth century. The Qawa’im al-anwar—a veritable compendium of Sufi contemplative disciplines devoted to the fourteen stations of suluk, the composition of which Raz claimed to be a product of direct divine inspiration—was the first work of this Order to be published. The present paper will dwell on the Qawa’im, recently published (2004) in a new critical edition by Dr. Khayru’llah Mahmudi (over 750 pages long), and examine its structure, contents and place in the literature of nineteenth-century Persian Sufism.

Robert Gleave (University of Exeter): "The juristic thought of Mirza Muhammad al-Akhbari"
Mirza Muhammad al-Akhbari (d. 1233/1818) was a prolific author. Over 50 titles are attributed to him, though none (to my knowledge) have yet been edited and published. Most of these works are connected with fiqh and usul al-fiqh, though there are also tabaqat works and some indication of an interest in kalam and falsafa. His Indian origins are signalled by his 'Akbarabadi' nisba - though he is also known as al-Naysaburi/Nishapuri, indicating his family's original Khorasani origins. Though most of his scholarly career was spent in Iraq and Iran, his disciples (including some of his own sons) scattered across the Shiite world - including India - spreading his particular interpretation of Akhbarism.
This paper begins with an introduction to Mirza Muhammad's life and subsequent influence, including his relationship with Fath Ali Shah (d. 1250/1834). There is some debate about what, exactly, his involvement in the Tsistianov affair might have been. Then I turn to his juristic thought - as found in some manuscript sources - including his criticism of Usulism and his views on the legitimacy of government during the ghayba of the Imam. His thought offers an interesting mix of strict Akhbarism, and various other influences (philosophy, Sufism and even elements of Shaykhism). Given the voluminous nature of his output, any conclusions are bound to be provisional, but this paper hopes to indicate where future research into this colourful character might lead.

Denis Hermann, IFRI : «Mohammad Karim Khân et le conflit irano-britannique de 1857 »
La pression politique, militaire et culturelle de l’Occident sur l’Iran à la période qâjâr a provoqué beaucoup de craintes dans la population et en particulier dans la classe des oulémas qui se souvent présentés comme les plus fervents défenseurs de l’identité islamique iranienne en danger. A travers l’exemple de la réaction du troisième maître de l’école shaykhi kermani, Mohammad Karim Khan, face à la prise de Bandar Bushehr par les forces navales britanniques du sous-continent indien au mois de décembre 1856 pour contraindre le souverain Naser al-Din Shah à abandonner ses prétentions sur Herat, nous verrons que la théologie shi‘ite évolua sous l’influence du choc européen. Dans un traité visant officiellement à appeler les iraniens à la guerre défensive contre les anglais, Resâleh-ye nâseriyeh dar jihâd, Mohammad Karim Khân proposa aussi de définir les caractéristiques intrinsèques de l’Occident.

Haut de page

Le cinéma, le sacré, la croyance (colloque)

Ce colloque s'est tenu à Téhéran, à l'Université d'Art, les 30, 31 décembre 2006 et 1er janvier 2007.

Participants français:
Alain Bergala, maître de conférences à l’Université de Paris III et directeur du département d’analyse de films à la FEMIS ;
Agnès Devictor, maître de conférences à l'Université d'Avignon et spécialiste du cinéma iranien ;
Jean-Michel Frodon, directeur de la rédaction des Cahiers du cinéma ;
Antoine Lion, OP, spécialiste des images et du cinéma ;
Marie-José Mondzain, philosophe, directrice de recherche au CNRS, spécialiste de l'icône et des questions liées à l'histoire ancienne et contemporaine des expressions "figuratives" ;
Aurore Renaut, chargée de cours à l’Université de Provence, en fin de rédaction d’une thèse portant sur la télévision dans l’œuvre de Roberto Rossellini et notamment Les Actes des Apôtres.
Intervenants iraniens:
Mansur Bahrahimi, professeur d’écriture scénaristique et membre du conseil de la Chaîne 4 de la télévision nationale(IRIB) ;
M.Sojjudi, professeur d’épistémologie et vice doyen de la Faculté de cinéma et de théâtre ;
M. Hashemi, professeur d’histoire du cinéma à l'Université d'Art ;
M. Bani Ardalan, directeur du département de philosophie et vice doyen de l’Université d’Art ;
Madame Sojjudi, chargée de cours à l’Université Azad (Téhéran) ;
l'hojjatoleslam Sarlak, représentant du Guide de la République auprès de l’Université d’Art ;
le cinéaste Abbas Kiarostami (palme d’or à Cannes en 1997).

Toutes les interventions ont été traduites en persan et en français et 8 projections de long-métrages ont été organisées au cours de ces 3 jours de colloque.

Parmi les résultats, on note que les intervenants français n’ont pas parlé de religion (mis à part le père Antoine Lion dont les prises de paroles ont été en définitive plus proches des interventions des enseignants et religieux iraniens), mais d’un rapport au sacré qui n’implique pas la religion, même s’il ne l’exclut pas, contrairement aux interventions des conférenciers iraniens (mis à part Abbas Kiarostami). Ils ont ainsi montré, avec des exemples de films, que les choix de mise en scène, aussi bien pour des films de fiction que des documentaires, peuvent faire place au sacré indépendamment de la question religieuse (comme la présence du vent, l’importance des traces matérielles, ou de la parole dans les œuvres de Bresson, Rossellini, Kiarostami, Tarkovski...).

Par ailleurs, s’il n’a jamais été question de recherche de compromis entre les différents conférenciers et si des positions inconciliables ont été ainsi mises en évidence (comme l’impossibilité - pour la majorité des conférenciers iraniens - de penser une relation à la croyance hors d’un rapport à Dieu contre une évocation du sacré dans le profane), les interventions et les discussions ont néanmoins révélé de nombreux points communs, comme la question de la naissance ou de la renaissance : la nécessité de naître une deuxième fois dans l’épreuve a ainsi été présente dans toutes les interventions, tant iraniennes que françaises.

Le rapport de l’institution religieuse aux arts et notamment les questions qui intéressent l’action politique de l’Eglise en France et du pouvoir religieux en Iran ont également été analysées dans différentes communications. Des notions théoriques et théologiques ont été débattues lors de tables rondes.

Résumés des interventions:
Alain Bergala : "De l’épiphanie dans le cinéma de Kiarostami et de Rossellini".

Entre l’œuvre du grand cinéaste italien Rossellini, inventeur du cinéma moderne européen, et celle d’Abbas Kiarostami, il ne s’agit pas d’influence directe mais d’une conception commune du cinéma, au-delà des époques et des cultures. La première de leurs convictions communes  est que le film ne doit jamais être la simple exécution d’un programme scénarique mais doit se faire à partir de la réalité du décor naturel et de la singularité des non-acteurs qui en sont les protagonistes. La deuxième est la conviction que le film ne doit pas être un objet clos sur lui-même et ne doit jamais prendre le spectateur en otage, mais que le spectateur doit contribuer à le faire exister dans et par sa conscience pendant la projection. Pour les deux cinéastes, le rapport des personnages à la réalité qu’ils traversent pendant le film est plus important que leur définition psychologique par le scénario. Chez Rossellini cette traversée d’une réalité opaque qui résiste à la conscience du personnage débouche en fin de film sur un « miracle » où le personnage reçoit soudain, en une seconde, la révélation de la vérité sur lui-même et son rapport au monde. Chez Kiarostami, même si le processus de la recherche de la vérité par la traversée du monde est le même, il n’y a jamais d’irruption miraculeuse du sacré mais des épiphanies légères et discrètes, indécidables, qui affectent les éléments naturels, comme le vent ou la pluie. 

Agnès Devictor : "Haqiqat de Morteza Avini ou comment filmer la croyance sur un champ de bataille"

Morteza Avini est le documentariste de guerre le plus reconnu en Iran, et son aura rayonne bien au-delà du petit écran. Si sa série télévisée la plus populaire demeure Revayat-e fath (L’Histoire de la victoire), Haqiqat (La Vérité), composée de 11 épisodes, joue un rôle essentiel en tant que première expérience de filmage de la guerre. S'y dégage déjà une solide capacité à rendre compte de l’atmosphère du conflit. L'enjeu de son travail documentaire réside dans la possibilité d'exprimer la force de la croyance chez les engagés volontaires, force qui constitue, selon Avini, la "Vérité" de cette guerre. Mais comment enregistrer la croyance sur un champs de bataille ? C’est à ce titre qu’il est pertinent d'analyser cette série télévisée dans le cadre du colloque « Le cinéma, la croyance, le sacré ».
Plus que l'étude du discours religieux enregistré auprès des soldats et parfois énoncé par la voix off du réalisateur, mon intervention se concentrera sur l'analyse du dispositif de mise en forme élaboré par Morteza Avini et les effets qu'il produit en termes de réception.
Ce dispositif très particulier (qu’il s’agisse de l’écriture, du tournage ou du montage) engendre une relation paradoxale au temps. Traditionnellement, le documentaire de guerre destiné à une diffusion télévisée reste soumis à une logique de flux et d'immédiateté. Par le choix de la médiation, notamment temporelle, que nous examinerons dans cette intervention, Avini permet au spectateur de tisser une relation beaucoup plus ouverte au traumatisme de la guerre. Ainsi, tout le dispositif d'Haqiqat semble reposer sur une mécanique de résistance au temps de la télévision et de la guerre filmée, pour une évocation du temps beaucoup plus diluée du quotidien de la guerre, du temps de l'enregistrement de la vie et de la mort, du temps de la croyance du soldat, et celle du spectateur.
Mon hypothèse est que la dimension spirituelle qui habite les épisodes de cette série résulte peut-être davantage de cette mise en forme que de l'illustration convaincante de la dimension religieuse de la guerre.

Jean-Michel Frodon : "Quel vent souffle où il veut ?ou la dimension spirituelle dans l’œuvre de Robert Bresson, l’exemple d’Un Condamné à mort s’est échappé (1956)".

Premier film à mettre en œuvre entièrement la méthode de travail conçue par Robert Bresson et théorisée dans ses Notes sur le cinématographe, Un condamné à mort s’est échappé, sous-titré Le vent souffle où il veut, relate un événement réel, historique, de la manière la plus précise et la plus matérielle. Le film décrit l’évasion du fort de Montluc réussie par le lieutenant Fontaine, durant l’époque de l’occupation de la France par les Allemands. Cette histoire est racontée uniquement du point de vue des gestes concrets et des choix matériels qu’a du accomplir un homme pour mener à bien son projet. En restant uniquement dans la relation aux faits et gestes de son personnage, Robert Bresson invoque pourtant de manière bouleversante l’idée d’une présence plus grande que l’homme, la présence possible d’un esprit simultanément source de foi et destinataire de cette foi. Bien entendu, la nature de cet « esprit », qu’on le nomme Dieu, la vie ou la liberté, ne sera pas précisée dans le film. Celui-ci est exemplaire de la puissance d’invocation de l’invisible par la mise en scène de cinéma, surtout lorsqu’elle se refuse à la métaphore aussi bien qu’au discours métaphysique.

Antoine Lion : "Inspiration chrétienne et création artistique : histoire et actualité".

Le 13 octobre 787 reste une date de notre histoire. Ce jour-là, confirmant l'écart chrétien avec les deux autres monothéismes, le Concile de Nicée II tranchait de féroces débats internes : Dieu, certes invisible, est représentable puisqu'il a pris figure humaine et il est bon d'honorer ses icônes. Le courant iconoclaste était, théoriquement, brisé. Non sans sursauts ultérieurs : ainsi, la Réforme, qui a détruit des images et fut surtout "chromoclaste", se jouant en noir et blanc tandis que le baroque catholique éclatait de couleurs.
La culture de l'image en Occident fut promue par le christianisme, avant de  s'émanciper de son emprise. Dans le domaine des arts visuels - à la différence de la littérature ou de la musique -, un fossé se creusa depuis le XVIIIe s. entre création artistique et inspiration chrétienne. Des liens nouveaux se sont tissés au XXe s.
Le cinéma, qui plus que d'autres arts s'est souvent risqué vers "les suprêmes abords" et a ouvert des perspectives spirituelles inattendues, n'a-t-il pas contribué à cette évolution ? Sortir du cadre occidental pour penser plus largement ces relations du cinéma, de la croyance et de la création ne peut être que bénéfique.

Marie José Mondzain : "De la sacralité d’une œuvre profane : quelques remarques sur les films de Tarkovski"

On ne saurait interroger la croyance et le sacré dans les œuvres cinématographiques sans évoquer le cas exemplaire de Tarkovski. Il ne s’agit pas de privilégier dans cette œuvre la présence de thèmes et d’images spécifiquement religieuses relevant de la culture orthodoxe. Il est bien plus précieux pour la pensée du cinéma de voir à travers lui ce que le cinéma tout entier doit dans son invention même à la pensée chrétienne des images. Les films de Tarkovski pose d’emblée la question du cadre visible à l’intérieur duquel le cinéaste manifeste une invisibilité. Le cinéma n’est pas une simple industrie mise au service d’un exhibitionnisme idolâtrique mais un  art de la réserve et du retrait dont l’enjeu est la dignité du spectateur. Telle est la  modalité des opérations sacralisantes dans un cinéma qui relève d’une inquiétude anthropologique à caractère universel et non d’une adhésion doctrinale à des croyances instituées. Revenir sur les constituants doctrinaux du monothéisme chrétien en matière d’image permet de saisir les ambiguïtés historiques de l’économie cinématographique.

Aurore Renaut: "Le sacré dans l’œuvre télévisuelle de Rossellini"

La question du sacré est très vive dans l’œuvre de Rossellini dès ses débuts au cinéma notamment dans les Onze Fioretti de François d’Assise et Europe 51 qui nous parlent de la sainteté à plusieurs siècles d’écart. Mais après s’être éloigné du cinéma au début des années 1960 et avoir entrevu dans la télévision naissante un médium capable d’enseigner, Rossellini revient sur ces thématiques d’une toute autre manière avec Les Actes des Apôtres (1968) et Le Messie (1975), deux projets où l’histoire prend désormais une place fondamentale de par sa valeur éducative.
Que devient la problématique du sacré dans ces films où Rossellini veut « montrer », comme si nous en étions à nouveau les témoins, la vie de Jésus et celle des Apôtres et pourquoi revenir dans cette dernière période de sa carrière sur de tels sujets ?
Ce qu’il nous donne à voir dans ces deux films est de fait une histoire désacralisée où Jésus et les Apôtres ne sont pas des personnages extraordinaires qui ne cessent de réaliser des miracles mais des personnages simples qu’il veut rapprocher d’une humanité ordinaire.

Haut de page


Institut Français de Recherche en Iran
1, rue Adib, Ave. Vahid Nazari, Ave. Felestin
Téhéran, Iran
B.P. 15815-3495
Tél. : + 98.21-66.40.11.92 et + 98.21-66.41.21.53
Fax : + 9821-66.40.55.01

webmaster
dernière mise à jour : 07-Mar-2010
Copyright © 2008 IFRI - Tous droits réservés