Recherche-Etudes classiques
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Histoire de l'Iran pré-mongol
Les conventions diplomatiques dans l’Orient musulman
Histoire de la pensée shi'ite
Histoire de la médecine
Histoire sociale (époque qâjâr)
Histoire de l’Iran pré-mongol (début VIIe s.-début XIIIe s.)
Responsable:
David Durand-Guédy

(Post-doc IFRI & UMR « Orient et Méditerranée », laboratoire Islam médiéval)

Durant les six siècles séparant la conquête arabe de la conquête mongole, le monde iranien connut des bouleversements de grande ampleur qui lui donnèrent une identité nouvelle. Si l’importance historique de cette période fait peu de doute, elle reste encore très peu étudiée aussi bien en Iran que hors d’Iran. Le pôle de recherche « Histoire de l’Iran pré-mongol » à l’IFRI, animé par David Durand-Guédy, coordonne différents projets sur l’évolution des sociétés iraniennes, les problématiques urbaines et l’historiographie de cette période.

David Durand-Guédy, résident en Iran depuis 2000, d’abord en tant que boursier de l’IFRI (2000-2004), puis en tant que chercheur associé (2004-2007), puis post-doc (2007-2008), a soutenu en 2004 à l’Université d’Aix-en-Provence une thèse de doctorat consacrée à la ville d’Isfahan. Le but de ce travail était d’analyser les conséquences de la domination turque dans un cadre local. La ville d’Isfahan constituait un champ d’observation privilégiée, non seulement parce qu’elle était à l’époque saljuqide la deuxième ville d’Iran (après Nishapur) et qu’elle avait servi de capitale aux Grands Saljuqides, mais aussi parce que les recherches sur l’Iran pré-mongol concernaient jusqu’à présent surtout le Khurasan (cf. les travaux de Barthold, Frye, Aubin, Bulliet, Paul) aux dépens de l’Ouest iranien. Le principal résultat de cette thèse est d’avoir mis en évidence le rôle joué par les élites persanes. Ces élites, organisées en réseaux concurrents s’affrontaient pour le contrôle du champ politique local, dans lequel les Turcs ne jouaient finalement qu’un rôle secondaire et instrumental.
Ce travail sera publié prochainement sous le titre Iranian Elites and Turkish Rulers: A History of Isfahan in the Saljuq Period, Routledge. Le potentiel militaire des habitants d’Isfahan a déjà fait l’objet d’une publication dans Iranian Studies (38/4, December 2005).
Les recherches du pôle « Histoire de l’Iran pré-mongol » s’organisent autour des axes suivants:

Historiographie de la période saljuqide
Le retard de la recherche sur l’Iran pré-mongol est dû en partie à une mauvaise connaissance du corpus. Il est donc essentiel de mieux connaître les sources disponibles et aussi le type d’utilisation que l’historien est susceptible d’en faire. Différents travaux sont menés:

La chronique des Saljuqides de ‘Imād al-Din al-Isfahani
Le Nusrat al-fatra de ‘Imad al-Din al-Isfahani est l’une des sources majeures pour l’histoire de l’Etat saljuqide, mais aussi l’une des plus mal connues. Le texte original, conservé à la Bibliothèque Nationale dans un manuscrit unicum, est toujours inédit. D. Durand-Guédy travaille depuis 2003 sur cette œuvre importante pour d’une part préciser le projet historiographique de ‘Imad al-Din, d’autre part éditer le texte original arabe. Deux articles sont déjà parus. Le premier (Studia Iranica 2006) étudie les relations de Imad al-Din avec sa principale source, les Mémoires d’Anushirvan b. Khalid. Le second article (Annales Islamologiques 2005) contient une édition partielle du Nusrat al-fatra (le chapitre sur le vizir Taj al-Mulk), assorti d’un commentaire mettant en valeur son intérêt par rapport à la version abrégée de Bundari (Zubdat al-nusra) traditionnellement utilisée. A terme, le but est de mettre à la disposition des chercheurs le texte complet du manuscrit de Paris.

Les échanges diplomatiques

La correspondance officielle à l’époque saljuqide n’a fait l’objet que de rares travaux. Son étude est pourtant d’un grand intérêt pour comprendre la nature exacte des pouvoirs en place à cette époque, mais aussi pour évaluer l’influence des pratiques de chancellerie saljuqide durant les époques postérieures. La documentation est abondante, et comprend notamment de nombreuses lettres contenues dans le recueil d’insha’ Mukharat min al-Rasa’il (XIIIe s.). Ce projet s'intègre dans le cadre d'un programme de recherche consacré aux "conventions diplomatiques dans l'Orient Musulman: XIe-fin XIVe s".

Place des nomades dans la société iranienne

La période saljuqide marque un tournant dans l’histoire de l’Iran. Non seulement les Saljuqs et les différentes dynasties qui leur succédèrent (Atabegs, Khwarazm-Shah) étaient Turcs, mais encore d’importants contingents nomades venant d’Asie centrale s’installèrent en Iran. Les conséquences de cette installation eurent des effets profonds et toujours visibles dans la société iranienne.

Le rapport des Turcs à l’espace urbain

Le but de ce projet est d’approfondir à l’échelle de tout l’Iran une des hypothèses de la thèse de D. Durand Guédy, à savoir que les premières dynasties turques d’Iran (hormis les Gaznavides) loin d’avoir été familières du phénomène urbain, étaient au contraire restées attachées à leur mode de vie nomade. Concrètement, cela veut dire que les Saljuqides et leurs successeurs n’habitaient pas les villes qu’ils dominaient, et donc, que la nature même de leur domination doit être révisée sur cette base.
Les résultats préliminaires de cette enquête ont été présentés lors de la dernière conférence Iranian Studies qui s’est tenue à Londres (SOAS, 3-6 août 2006), dans le cadre d’un « Saljuq panel » présidé par C. Hillenbrand et auxquels participaient A. Morton, J. Paul et D. Tor.

Le rôle militaire des nomades
Fondée grâce à la puissance militaire des Turkmènes, la dynastie saljuqide entretint par la suite des relations ambiguës avec les éléments tribaux installés sur son territoire. Le but de cette recherche est d’analyser la façon dont les « pouvoirs sédentaires » (en l’occurrence les Saljuqs, Atabegs et Khwārazm-Shahs) utilisèrent le potentiel militaire représenté par les nomades. Ce projet s’intègre dans un programme lancé en 2005 lors de la conférence de Vienne « Nomads vs Standing Armies in the Iranian World, 1000 - 1800 » (dir. G. Rota and B. Fragner) et qui donnera lieu à une conférence à Halle en 2008.


Genèse des villes iraniennes (VIIe-Xe s.)
La naissance de la ville islamique est un sujet qui a donné naissance à une abondante littérature depuis les études pionnières des orientalistes français du début du XXe s. Cependant, les villes du monde iranien sont loin d’avoir fait l’objet d’autant de travaux que celles du monde arabe, et les recommandations que donnait J. Aubin en 1970 pour « l’étude des agglomérations urbaines dans l’Iran médiéval » n’ont eu que peu d’écho (voir The Islamic City, éd. par Hourani & Stern).
En continuation du travail effectué sur Isfahan à l’époque saljuqide, David Durand-Guédy travaille sur le développement de cette ville aux VIIIe-Xe siècles, durant les périodes ‘abbaside et buyide. La topographie urbaine, le lien entre urbanisation et islamisation, la définition du bassin de peuplement, la constitution d’une identité urbaine sont les principales dimensions de cette étude qui sera publiée prochainement.
Cette étude servira de modèle pour aborder le développement de la ville de Nishapur à l’époque pré-mongole, dans le cadre d’une contribution historique aux fouilles archéologiques sur la citadelle de Nishapur (équipe franco-iranienne dirigée par M. Kervran, CNRS, et M. Labbaf-Khaniki). 

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Les conventions diplomatiques dans l’Orient musulman (XIe- fin XVIe s.)

Equipe :

Responsable scientifique principale :
Denise Aigle (Directeur d’études à l’EPHE/UMR 8167 « Orient et Méditerranée (laboratoire : Islam médiéval) »

Responsables scientifiques secondaires :
Michele Bernardini (Professeur à l’Università di Napoli « L’Orientale », Dipartimento di Studi Asiatici) ;  David Durand-Guédy (Chercheur à l’IFRI, Téhéran) ; Gilles Veinstein (Professeur au Collège de France/ UMR 8032 « Études turques et ottomanes »)

Co-ordinatrice scientifique : 
Marie Favereau (Pensionnaire scientifique à l’IFAO, Le Caire)

Partenariats
 :
Umr8167 « Orient Méditerranée » (laboratoire : Islam médiéval) ;
Umr8032 « Études turques et ottomanes » ;
IFAO (Le Caire) ;
IFRI (Téhéran) ;
IFEA (Istanbul) ;
Istituto per l’Oriente (Naples)



Autres collaborateurs

Fouad Ayman Sayyed (Chercheur associé à l’IFAO) : Mamelouks circassiens
Jean-Louis Bacqué-Grammont (Directeur de recherche au CNRS) : relations de l’Inde moghole avec l’Asie centrale et avec les Ottomans
Michel Balivet (Professeur à l’Université d’Aix-en-Provence) : relations entre Byzance et les Seldjoukides de Rûm
Frédéric Bauden (Professeur à l’Université de Liège) : Mamelouks
Colin P. Mitchell (Assistant professor at Dalhousie University, Faculty of Arts and Social Sciences, Department of History) : les premiers Safavides.
Mansour Sefatgol (Professeur à l’Université de Téhéran) : les premiers Safavides.
Maria Subtelny (Professor at University of Toronto, Department of Near and Middle Eastern Civilizations) : Timourides.



Définition du projet
Un recensement, une étude et une mise en perspective historique de la correspondance diplomatique des souverains musulmans, du xie siècle à la fin du xvie siècle, quels que soient la langue et l’alphabet utilisés dans les lettres. Le projet se déroulera autour de quatre axes principaux :
1/Établir un corpus : isoler la lettre diplomatique comme document d’archive spécifique. Il est aujourd’hui nécessaire de prendre en compte l’existence de ce corpus qui n’est pas identifié comme tel dans les catalogues d’archives. Cet axe ne concernera que les documents originaux (traductions de lettres incluses si elles sont contemporaines). Les traités de paix et la correspondance personnelle des souverains ne seront pas pris en compte.
2/Déterminer les conditions de production et de conservation de ces lettres. Cet axe nous mènera à aborder la question du statut des archives et du rôle de la chancellerie dans les États musulmans. Dans ce contexte, il serait utile de prendre en compte les registres de chancellerie, les chroniques, les récits de voyage ou tout autre type de sources contenant les textes de lettres diplomatiques. Ce corpus secondaire, qui pourra être comparé au corpus des documents originaux, permettra d’ouvrir le champ de la recherche à la question de l’archivage des lettres et à celle des motivations politiques ou des raisons pratiques d’une telle conservation. Étudier les différentes étapes de l’archivage nous permettra également de distinguer les métiers impliqués dans la chancellerie et œuvrant à la conservation des lettres (secrétaires, interprètes, traducteurs…).
3/Reconnaître l’existence de normes diplomatiques dans l’Orient musulman en abordant la question des modèles épistolaires. L’étude des manuels de chancellerie, qui présentent une forme idéalisée de la lettre diplomatique, sera un outil indispensable à l’analyse des documents originaux et permettra de guider ou de délimiter le questionnement méthodique qui devra être appliqué au corpus.
4/Élargir le vocabulaire et les grilles d’analyse en diplomatique et en codicologie islamiques. Ce programme offrirait un cadre opportun à un renouvellement de la codicologie (qui porte traditionnellement sur l’étude des codex) appliquée à l’étude des lettres écrites sur rouleaux (volumen ou rotuli) et même en ce qui concerne les lettres transmises dans les chroniques. On relève dans ces dernières de nombreux renseignements de type codicologique. Le travail sur le vocabulaire pourra s’enrichir d’une étude sur les dictionnaires ou lexiques bilingues et trilingues contemporains.


Actions :
1. Bilan sur les fonds d’archives : faire un survey et repérer les vides historiographiques, circonscrire le corpus.
2. Publication de corpus de lettres
3. Rédaction d’un manuel de diplomatique et de codicologie adapté à ce corpus particulier
4. Elaboration d’une base de donnée lexicographique : vocabulaire de la diplomatique, formules coraniques et bibliques citées dans les lettres, vocabulaire de la codicologie (par exemple, relever les mentions explicites du papier utilisé, de la forme de la lettre, etc). Lire le programme détaillé dans: documents.

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Histoire de la pensée shi'ite

1. Courants et dynamiques shi‘ites à la période moderne (1800-1925)/Shi‘ite Streams and Dynamics in Modern Time (1800-1925).

Responsables
Denis Hermann (IFRI) et Sabrina Mervin (CNRS. IFPO. Beyrouth)

Ce programme a été lancé en 2004 par l’IFRI en collaboration avec l’IFPO (Institut Français du Proche-Orient. Beyrouth) et l’OIB (Orient-Institut Beirut). Plus d’une dizaine de chercheurs y participent.
Le shi‘isme imamite a longtemps souffert d’un manque d’intérêt de la part des chercheurs. C’est particulièrement le cas pour les 18ème, 19ème et 20ème siècles. La révolution iranienne et la mobilisation des populations shi‘ites au Liban et en Irak au cours de ces deux dernières décennies ont modifié la situation. Mais ce changement reste récent et de nombreux thèmes n’ont toujours pas été traités.

Le(s) monde(s) shi‘ite(s) a/ont connu de profonds bouleversements au cours des deux derniers siècles. Si la période qâjâr a souvent été considérée comme une période de déclin, il apparaît au contraire qu’elle fut une époque de grande vitalité et dynamique intellectuelle. Celle-ci fut marquée par une intense lutte entre les différents courants imamites qui vit notamment la quasi-extinction de l’école traditionaliste akhbâri, l’émergence de l’école théologico-mystique shaykhi et le succès populaire du soufisme. Parallèlement, le courant rationaliste (osuli) continua son évolution caractérisée par la hiérarchisation et la politisation de son clergé. Le mouvement constitutionnel (1906-1911) marqua l’apogée, mais aussi un tournant, dans cette dynamique doctrinale. Le travail porte sur trois domaines particuliers : Le renouveau philosophique et mystique; les polémiques doctrinales; les théories politiques : le mouvement constitutionnel.  

La publication d’un ouvrage collectif est prévue. Il sera co-édité par l’OIB (Orient-Institut Beirut) et l’IFRI. 

2. Relations intellectuelles et renouveau de la pensée religieuse en Iran et en Inde musulmane à la période moderne (1500-1900)/Intellectual relations and the renewal of religious thought in Iran and Muslim India during the modern period (1500-1900)

Responsables

Denis Hermann (IFRI) et Fabrizio Speziale (Pontificia Università Gregoriana, Rome)

Ce programme traite des relations entre le monde iranien et le monde indien dans le cadre religieux et intellectuel à l’époque moderne et du rôle joué par ces régions dans la phase de renouvellement doctrinal qui caractérisa le monde islamique à l’époque coloniale. Ce programme a débuté à l’IFRI avec l’organisation d’un colloque intitulé "Le renouveau doctrinal de l’islam en Iran et en Inde (1750-1900)" dans ses locaux le 3 juillet 2006. Une quinzaine de chercheurs  participent à ce programme. Un second colloque international a été organisé à Téhéran les 30 juin, 1er et 2 juillet 2007 sous l’égide de l’IFRI, avec la collaboration de l'Institut Iranien de Philosophie et de Iran Heritage Foundation .

La période moderne est souvent considérée comme une phase de déclin de la production intellectuelle du monde musulman par rapport à la période dite ‘classique’. Parallèlement, l'Iran et l'Inde ont longtemps été perçus comme des zones géographiques périphériques du monde musulman. Toutefois, à la période moderne, le monde irano-indien devient au contraire l’un des principaux centres du monde musulman, notamment au niveau intellectuel, scientifique et littéraire. La production intellectuelle est caractérisée par des apports considérables dans la tradition philosophique et dans la sphère du savoir mystique. La rencontre de l'Iran avec le monde indien suscite une vaste entreprise de traduction des textes sanskrits en persan, l'une des plus importantes dans le monde islamique. Le monde irano-indien devint ensuite l'un des centres majeurs du processus de renouvellement doctrinal et de réformisme religeux qui traversa le monde musulman à l’époque coloniale.

L’usage du persan par les élites intellectuelles musulmanes dans une région qui s’étend de la Transoxiane au Deccan indien favorisa la formation d’une culture islamique relativement unie nonobstant une grande diversité géographique et politique. Des générations de savants indiens ont été formées par la classe des immigrants iraniens et centre-asiatiques ainsi que par leurs descendants. La naissance des Etats-Nations et des nationalismes au cours du 20ème siècle a abouti à séparer des zones géographiques et culturelles qui, dans le domaine intellectuel, étaient étroitement liées dès la période médiévale.

Les thèmes majeurs du programme sont : les influences intellectuelles mutuelles entre l'Iran et l'Inde sous les empires safavide et moghole, l’émigration des savants entre l’Iran et l’Inde à l’époque safavide et moghole, les rapports entre le milieu iranien et les élites religieuses et scientifiques des sultanats chiites du Deccan indien, le rôle des mystiques dans la sphère religieuse, les contacts avec le savoir hindou, les caractéristiques du renouvellement doctrinal de l’islam irano-indien à l’époque de la domination coloniale, la réponse des penseurs musulmans à la pénétration de la pensée occidentale.
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Histoire de la médecine en Iran et Inde à l’époque moderne et contemporaine
Responsable :
Fabrizio Speziale (IFRI-Pontificia Università Gregoriana)

L’objet de ce programme est l’étude de l’histoire de la médecine en Iran et en Inde à l’époque moderne et contemporaine : du début de l’époque moderne – arrivée au pouvoir des Safavides en Iran et des Moghols en Inde – jusqu’à l’époque pahlavi.

Le milieu médical et scientifique de l’Iran et celui de l’Inde furent longtemps unis par des relations intellectuelles et sociales très fortes. Jusqu’au XVIIIème siècle, une grande partie, très influente, de l’élite médicale indienne était formée par des émigrés qui arrivaient des grands centres intellectuels de la Perse et de l'Asie Centrale. Outre la cour des Moghols, les centres indiens qui attiraient surtout ces savants et médecins iraniens étaient les sultanats chiites du Deccan. Les ouvrages composés à cette période dans le monde irano-indien constituent le plus vaste corpus de littérature médicale produit dans le monde islamique à l’époque moderne. Dans ce cadre, la pharmacologie est la discipline médicale qui s’est principalement développée, grâce surtout à l’influence du savoir d’origine indienne. Le processus de traduction en persan d’ouvrages médicaux et scientifiques à partir du sanscrit réalisé à l’époque moderne doit être considéré comme l'un des mouvements les plus importants de traductions scientifiques jamais réalisées dans le monde islamique. Le programme abordera également la condition et le retour des savoirs médicaux traditionnels au XXème siècle, ce retour étant surtout caractérisé par la construction d’une nouvelle identité scientifique hybride, entre savoir ancien et science moderne.
 

 
Les axes principaux de la recherche sont :
· les relations intellectuelles et la circulation des savants entre l’Iran et l’Inde 
·
les grands auteurs et ouvrages médicaux persans de l’époque moderne 
· la littérature et la recherche en pharmacologie 
· le processus de traduction en persan des ouvrages médicaux sanscrits 
· le rapport entre médecine, savoir religieux et mystique 
· l’histoire des hôpitaux à l’époque moderne
· la confrontation et le syncrétisme avec la médecine moderne occidentale

Des colloques thématiques seront organisés sur une période de deux ans; à l’issue de ce cycle de rencontres une conférence internationale est prévue, début 2008. Les colloques seront organisés en collaboration avec des institutions iraniennes.

Le premier colloque sur Les hôpitaux en Iran et Inde des safavides aux pahlavi a eu lieu le 25/1/2007 à Téhéran dans la salle de conférences du Musée National Iranien d’Histoire des Sciences Médicales.

Le deuxième colloque a eu lieu au même endroit le 14 juin 2007/24 khordad sur le thème  : Autorité spirituelle et savoir médical en islam. Coordonné par Fabrizio Speziale et Amir Mehdi Taleb, le colloque a été organisé par l'IFRI, l'Institut de Recherche sur l'Histoire de la Médecine Islamique et le Musée National Iranien d'Histoire des Sciences Médicales.

Le troisième colloque s'est déroulé à Téhéran les 12 et 13 février 2008/23 et 24 bahman 1386 sur le thème  : Le savoir médical en iran et en Inde à la période moderne. Il a été coordonné par Fabrizio Speziale et Farid Ghassemlou.
.Résumés des interventions.
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Histoire sociale à l’époque qâjâr

Les origines de la quête d’autosuffisance (khodkafâ’i) en Iran : L’histoire de la Sherkat eslâmiyeh (1899-1903).

Responsable :
Denis Hermann (Chercheur associé IFRI)

La plupart des mouvements politiques et idéologiques iraniens se sont cristallisés du fait de la réaction et de l’opposition à la pression politique, économique et culturelle de l’Occident sur l’Iran au cours de la seconde moitié de l’époque qâjâr.
Les spécialistes de l’époque qâjâr ont unanimement considéré les révoltes contre la régie du tabac en 1891-2 faisant suite à la fatwâ de Mirzâ Hasan Shirâzi comme le premier mouvement politique de masse en Iran préparant la révolution constitutionnelle au début du 20ème siècle (1906-1911). La lutte contre le monopole du tabac accordé à la régie britannique Talbot a symbolisé la collaboration active et régulière entre deux catégories de la population : les bâzâri et les ‘olamâ. Les bâzâri se considéraient victimes des importations massives en provenance de Russie et du Royaume-Uni et s’inquiétaient des multiples concessions accordées à des entreprises européennes. Les ‘olamâ craignaient pour leur part que l’influence grandissante de l’Occident impose des changements culturels et religieux remettant en cause leur statut et leur rôle ainsi que l’identité islamique de l’Iran.
En dépit des nombreuses études portant sur l’histoire politique, sociale et économique de l’Iran à la fin du 19ème siècle, le plus souvent de bonne qualité, beaucoup d’événements majeurs n’ont pas encore été étudiés. C’est le cas de la fondation de la Sherkat eslâmiyeh (l’Entreprise islamique) sur laquelle nos informations sont encore très limitées. Celle-ci a été inaugurée en 1899 à Esfahân par Hâjj Kâzeruni. Ce dernier était un commerçant riche et influent travaillant dans le textile et disposant du soutien d’un grand nombre de ‘olamâ. Le fonctionnement de la Sherkat eslâmiyeh, ses idéaux et ses principaux objectifs ont été définis dans une charte. Son but officiel était de regrouper l’ensemble des commerçants iraniens dans une sorte de syndicat d’entreprise présentant des idéaux panislamistes permettant de lutter contre l’influence économique de l’Occident sur l’Iran. Hâjj Kâzeruni a commencé par appeler les bâzâri à mener des campagnes afin d’inciter la population à boycotter les textiles importés. Les tissus britanniques connaissaient alors un grand succès en Iran. Dans un second temps, la Sherkat eslâmiyeh devait favoriser les investissements des grands commerçants iraniens destinés à développer de nouvelles industries et à limiter ainsi la dépendance envers l’Occident au niveau des biens manufacturés. Un clerc a été particulièrement actif pour que soit accordée à la Sherkat eslâmiyeh la légitimité religieuse et idéologique qu’espérait son fondateur. Il s’agit de Hajj Aqâ Nurollâh Esfahâni qui a composé un long traité que nous pouvons considérer comme le texte fondateur de la quête d’autosuffisance (khodkafâ’i) en Iran. Celle-ci était interprétée comme constituant une obligation religieuse, au nom du contentement islamique nécessaire (zohd-e vâjeb ou qanâ‘at-e vâjeb). D’autres religieux ont rédigé des traités plus modestes ou émis des fatwâ dans le but de confirmer la validité juridique de l’argumentation de Hâjj Aqâ Nurollâh Esfahâni demandant à la population d’Esfahân de soutenir la Sherkat eslâmiyeh en achetant ses produits en priorité.
Après l’ouverture rapide de branches à Téhéran puis à Tabriz, la Sherkat eslâmiyeh a fait faillite dès 1903. Même si ce projet a rapidement avorté, il nous semble majeur au regard de la formation de l’Iran moderne. Il s’agit de l’initiative de résistance la plus aboutie et la plus complexe à l’influence économique dominante de l’Occident en Iran à l’époque qâjâr. Les fondements idéologiques de la Sherkat eslâmiyeh, son organisation et l’association étroite entre bâzâri et ‘olamâ qu’elle a promu ont préfiguré à plus d’un titre les revendications du mouvement constitutionnel et, à plus long terme, les politiques économiques promues au cours du 20ème siècle.

C’est essentiellement aux fondements idéologiques de la Sherkat eslâmiyeh que nous nous intéresserons dans ce programme de recherche. Nous travaillerons également sur l’histoire évènementielle de la Sherkat eslâmiyeh afin de mieux comprendre la manière dont elle était organisée et fonctionnait au quotidien, notre objectif étant en sus de réaliser une meilleure analyse des raisons de son échec et de sa faillite. Ainsi, nous espérons également ouvrir notre étude sur l’histoire d’Esfahân à l’époque qâjâr, encore très méconnue. Notre objectif est de préparer une monographie de l’histoire de la Sherkat eslâmiyeh.

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dernière mise à jour : 08 avril 2008
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