|
| Identités régionales et ethniques |
| Cette recherche s’inscrit dans un programme associant l’UMR « Études turques et ottomanes » et l’IFRI et bénéficiant du soutien de l’Agence Nationale de la Recherche pour une durée de trois ans (2007-2010). Ce programme réunit des spécialistes de la Turquie, de l’Iran et du Pakistan. Il vise à analyser différents types de situations ethniques et régionales au Proche et au Moyen-Orient, les revendications et les mobilisations qui y sont associées. La recherche sur les formes d’affirmation des identités collectives (ethniques, régionales…) en Iran est menée avec la collaboration de membres de l’UMR « Mondes iranien et indien » et avec une spécialiste de l’université de Francfort.
Vieil empire pluriethnique, transformé, sous la dynastie pahlavi, puis sous la République islamique en un État-nation centralisé, l’Iran abrite plusieurs « minorités » (Azeris, Kurdes, Baloutches, Turkmènes, Arabes…), porteuses de revendications culturelles mais cependant animées d’un fort sentiment national. Marginales par leur obédience religieuse, une différence de plus en plus ressentie (Arabes du Khouzestan, Baloutches, Kurdes, Turkmènes, sont, en grande majorité, sunnites), occupant des positions périphériques sur le territoire national, adossées à des régions limitrophes et, plus récemment, à des États peuplés de « co-ethniques » qui bénéficient de l’autonomie (Kurdistan irakien, Baloutchestan pakistanais…) ou de l’indépendance (Azerbaijan, Turkmenistan), mal dotées économiquement, ces minorités n’ont pas manifesté de réelles velléités sécessionnistes dans des contextes pourtant troublés qui auraient pu leur en fournir l’occasion.
Est-ce à dire pour autant que les revendications identitaires se sont évanouies dans le cadre d’un État définitivement unifié ? La situation est beaucoup plus complexe ; ces revendications sont dormantes et ont pris, depuis les années 1990, un tour singulier : elles visent une plus grande reconnaissance et une plus grande participation dans le cadre de l’État. Cette poussée, plus ou moins intense selon les provinces, des sentiments identitaires se traduit par un foisonnement de publications et d’initiatives culturelles, de manifestations emblématiques (tels des pèlerinages ethno-politiques), par la revendication de l’indigénisation des cadres administratifs et de nouveaux découpages des provinces. Prenant tantôt la forme d’un nationalisme régional (en Azerbaïdjan par exemple), tantôt celle d’une « patrimonialisation » douce mais obstinée, tantôt celle de brusques émeutes, portées par des élites qui ont souvent migré (à Téhéran ou à l’étranger), ces affirmations et revendications identitaires - moins connues en Occident que celles, plus sensibles, qui touchent au statut des femmes et des libertés publiques - compteront à coup sûr dans l’évolution future de l’Iran.
Cette poussée des sentiments identitaires est analysée par les chercheurs de l’IFRI dans deux situations différentes, celle de l’Azerbaïdjan, scrutée par Gilles Riaux, (ancien allocataire) et celle du Gilân, analysée par Christian Bromberger.
La mobilisation identitaire s’est affirmée depuis la fin des années 1980 en Azerbaïdjan. Nombre de journaux, de livres ou d’associations culturelles explorent l’identité turque. Les acteurs de ces mobilisations ne s’attaquent pas ou très peu au champ politique et préfèrent se cantonner au registre culturel. Un mouvement national d’Azerbaïdjan existe mais il reste peu organisé. Comme souvent dans le cadre des mobilisations ethniques, le discours puise sa source dans une histoire reconstruite. Elle devient l’histoire d’une nation particulière peuplée de héros, mythes et autres symboles. Les pionniers de ce mouvement forment une intelligentsia déclassée qui provient des anciennes élites locales, grands propriétaires terriens et professions libérales. Cette première génération a été rapidement rejointe par des militants de gauche pour qui le gouvernement de Pishevari, lors de l’éphémère République autonome d’Azerbaïdjan (1945-1946), constitue une référence cardinale.
Ces mobilisations identitaires ne vont pas sans ambiguïté et contradictions puisqu’alors même qu’elles s’affirment, les pratiques sociales des Azéris se sont rapprochées des standards iraniens. C’est donc de « nationalisme régional » qu’il vaudrait mieux parler ici.
Autre ambiguïté, le discours nationaliste tend à présenter l’Azerbaïdjan comme une entité d’une grande homogénéité, capable de rassembler tous les Azéris sous la même bannière. Or les débats sur l’opportunité de créer une nouvelle province, à Ardebil ont démontré qu’il existe d’importantes rivalités à l’intérieur même de l’Azerbaïdjan. De même pour les associations de hamshari à Téhéran, elles fonctionnent à partir de solidarités locales. Il convient donc d’analyser les contextes localisés de l’action militante. Entrer dans une logique de territorialisation de l’identité doit permettre de mieux comprendre les rivalités internes au mouvement national que le discours nationaliste tactiquement tend à gommer au nom du rassemblement.
Les mobilisations identitaires au Gilân sont moins vives mais depuis le milieu des années 1990 une fièvre patrimoniale, éditoriale et associative semble s’être emparée de la province qui, contrairement à l’Azerbaïjan voisin, au Kurdistan, n’a jamais manifesté de velléités autonomistes. Les revendications ne sont pas ici proprement politiques mais s’inscrivent sous le sceau d’une double identité complémentaire, nationale et régionale, cette dernière souffrant d’un mal de reconnaissance. Cette poussée régionaliste est la résultante d’une pluralité de facteurs : le déclassement économique et symbolique de la province depuis la Révolution islamique, un fort sentiment d’identité et de marginalité culturelles, une clôture des espaces politiques conventionnels. Elle s’adosse à une histoire singulière, celle de la seule province qui, à l’échelle de l’histoire de l’Iran contemporain, ait été le théâtre d’une révolution paysanne, la révolution jangali qui aboutit à la création d’une éphémère République socialiste soviétique de Perse (et non du Gilân, la nuance a son importance) en 1920. Elle se traduit par une prolifération de revues, d’initiatives et de manifestations culturelles, de pèlerinages « ethno-politiques » (sur les lieux de supplice et sur la tombe du leader jangali), mais aussi de revendications en matière d’enseignement de la langue régionale et d’indigénisation des cadres et responsables administratifs. Les symboles, les initiatives sont disputés entre les organismes gouvernementaux et des entrepreneurs indépendants, réunis en associations, non seulement dans la province, mais aussi à Téhéran. Entre les uns et les autres, mais aussi entre associations, les tensions et les conflits s’avivent. Ils ont un fondement idéologique et/ou territorial. Chaque ensemble de la province réclame, en effet, une reconnaissance spécifique. On voit naître une situation de fort désaccord entre l’échelon régional et les institutions centrales, mais aussi entre groupements régionaux, ces tensions pouvant déboucher sur des conflits ouverts. Le but de la recherche entreprise est de mettre au jour les assises et les emprises sociales, culturelles et politiques de ces mouvements.
Ce thème des identités ethniques et régionales fera l’objet d’un séminaire de l’IFRI en 2007, qui permettra, avec le concours d’universitaires iraniens, la comparaison avec d’autres cas.
|

|
| Architecture rurale |
L'architecture rurale en bois dans le monde caspien et sa traduction muséographique.
Ce projet réunit les universités de Téhéran, du Gilân et de Provence, l’Organisation iranienne du patrimoine culturel et la Direction des relations internationales du Ministère français de la Culture, l’IFRI, et a pour but la réalisation d’un Musée (de plein air) du patrimoine rural du Gilân. Le projet est dirigé par Mahmoud Taleghâni (Université de Téhéran), Christian Bromberger étant responsable de la coopération française. Divers spécialistes français et iraniens participent à cette importante opération.
C’est en constatant la disparition brutale, en une vingtaine d’années, de l’architecture vernaculaire de cette région, qui constitue une contribution très originale aux arts de bâtir, que cette initiative a été prise. Un site a été acquis, des études préliminaires menées, des campagnes de repérage effectuées, des séminaires et des stages ont été organisés ; le projet est entré dans sa phase opérationnelle en 2003 et les deux premières maisons ont été démontées et remontées en 2004 et 2005. L’inauguration du musée a eu lieu en mai 2006. Il ne s’agit pas seulement de conserver des spécimens architecturaux mais de réinscrire ces témoins dans leur contexte (technique, social et économique). L’IFRI est associé à cette entreprise par une convention et participe à l’édition des documents de travail qui accompagnent cette opération (un volume portant sur la première maison démontée et remontée doit paraître dans le courant de l’année 2007).
|
|
| Parenté et usages sociaux |
Ce thème doit faire l’objet d’un colloque à Téhéran du 20 au 22 juin 2008, co-organisé par Mme Shashahani (Université Shahid Beheshti) et MM. Bouloukbashi (Grande Encyclopédie), Bromberger (IFRI), Fakouhi (Université de Téhéran), Fazeli (Université Allameh Tabatabai). Ce comité local est composé des ethnologues ayant participé au colloque d’anthropologie de l’Iran qui s’est tenu à Francfort en octobre 2004, colloque au cours duquel ont été décidés le thème de cette rencontre et la création d’une Société internationale d’anthropologie de l’Iran. Cette association devrait être officiellement créée à la faveur de ce colloque.
On ne peut comprendre la société iranienne, comme toute autre société (mais ici le phénomène prend une ampleur singulière), sans prendre en compte le poids des liens agnatiques et des solidarités familiales dans des domaines aussi divers que les processus migratoires, la recherche d’un emploi, l’organisation des entreprises, la structure des partis et des appareils politiques. Si de nombreuses études ponctuelles ont été menées sur la parenté en Iran, elles n’ont jamais fait l’objet de comparaisons, alors même que les systèmes de parenté présentent des configurations singulières d’une région à l’autre du pays. Par ailleurs, les récentes mutations de la société iranienne, où émerge la figure de l’individu, où la notion de couple s’affirme au détriment ou en complément de la lignée, invitent à repenser les images de la famille iranienne. Anthropologues et ethnologues, historiens, sociologues, démographes seront invités à se joindre à cette opération, tout comme des spécialistes de la parenté dans les pays voisins. |
|
| Cinéma |
Responsable :
Agnès Devictor (Maître de conférences à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, Laboratoire Culture et Communication et chercheur associée IFRI)
Par le nombre et la qualité des œuvres réalisées, la variété des thèmes explorés et le foisonnement des réalisateurs, le cinéma iranien s’affirme depuis les années 80 comme l’un des plus dynamiques du monde, à l’heure où presque toutes les cinématographies nationales de la région ont disparu (l’Inde mise à part).
Cet essor paradoxal dans un pays de culture musulmane amène à repenser le statut de l’image en Iran depuis la révolution islamique et notamment le rapport entre le croire et le voir, ainsi que la fonction du cinéma, notamment en temps de crise.
Ce programme se développe autour de deux pôles :
- Le rapport entretenu entre le cinéma, la croyance et la notion de sacré
- La fonction de la production cinématographique au cours de la guerre Iran-Irak.
Agnès Devictor, maître de conférences à l’Université d’Avignon et des pays de Vaucluse, ancienne allocataire de l’IFRI (1994-1998) et chercheure associée de cet institut, a réalisé sa thèse de science politique sur la politique culturelle de la République islamique d’Iran et a publié en 2004 Politique du cinéma iranien, de l’âyatollâh Khomeiny au président Khâtami aux Editions du CNRS. Elle a démontré que la vitalité du cinéma iranien entre la révolution et la fin des années 90 pouvait s'expliquer par la créativité de réalisateurs et par une politique cinématographique originale dont elle analyse les rouages, les spécificités mais aussi les points communs avec d’autres politiques cinématographiques. Agnès Devictor a démontré que la structure de cet Etat bicéphale (un Président/ un Guide) a constitué des contre-pouvoirs institutionnels qui ont été instrumentalisés par les acteurs du champ culturel contribuant paradoxalement à une dynamique de création. Même si le cinéma iranien a été victime d'un contrôle particulièrement étroit, il a bénéficié d’une réelle politique publique débouchant sur le développement d'une industrie nationale dans un contexte de crise interne (révolution, guerre et blocus) et externe (développement des industries culturelles et main mise hollywoodienne à l'échelle de la planète) particulièrement hostile. Cette politique a permis l’élaboration de genres cinématographiques très différents (du cinéma de guerre à la comédie en passant par le film d'action et le cinéma pour enfants) et le déploiement d’un cinéma d'auteur varié et durable.
Les recherches du pôle « Cinéma iranien » portent sur deux thèmes privilégiés :
Le cinéma, la croyance et la notion de sacré
En terre d'islam, les autorités religieuses ont peu statué et n’ont pour le moins pas apporté de réponse univoque et définitive sur la question de la création d'images au regard du droit musulman (feqh), alors qu'elle prenait depuis le début du XXe siècle une importance croissante au sein de la société. Si dans certains pays (l’Afghanistan des Taleban et en Arabie Saoudite) le cinéma est prohibé sous le motif de l'interdiction de l'image dans le Coran, en Iran, il a non seulement eu droit de cité, mais est devenu l'un des fleurons de la création artistique sous la République islamique. Il a d'ailleurs provoqué l'ouverture d'un débat contradictoire et très fécond au sein des plus hautes autorités religieuses shi'ites qui ont engagé, depuis les années 1990, une réflexion sans égale dans le reste du monde musulman.
La reconnaissance ou le refus d'une autonomie de l'imagination divise en fait les autorités religieuses. Pour une partie d’entre elles, le cinéma est considéré comme un vecteur moderne de diffusion du message de l'islam et doit à ce titre être instrumentalisé. Pour une autre partie, l'imagination, source de la création d'une réalité par l'artiste, et sa concrétisation par la projection cinématographique, accèderait à une vérité différente de celle de la religion et serait donc incompatible avec elle. Le rapport à la croyance structure donc un débat singulier sur le cinéma.
Quand l'œuvre cinématographique, dans sa dimension esthétiquement la plus exigeante, invite le spectateur à tisser une relation à l'invisible, à quelque chose qui dépasse l'homme - qu'il s'agisse de la beauté de la nature, d'une relation à Dieu, à une croyance, d'une expérience mystique ou strictement situé dans le champ profane - le cinéma touche peut-être à l’expression du sacré. Comment cette relation, qui travaille le cinéma en Occident depuis plus d’un siècle est-elle à l’œuvre aujourd’hui dans la culture iranienne ?
Pour analyser cette question au sein de ce programme, l’IFRI a organisé un colloque en collaboration avec l’Université d’Art (Téhéran), intitulé « Le cinéma, la croyance, le sacré » dont A. Devictor a été responsable avec son partenaire iranien, le Dr. Hashemi. Le colloque s’est tenu à Téhéran les 30, 31décembre 2006 et 1er janvier 2007. Il s'inscrit dans la lignée de ceux organisés par la Hawzeh honari, Sazeman-e Tablighat- e eslami en 1996 et 1997 intitulés: "Réflexion collective sur la religion du point de vue du cinéma" (Ham andishe-ye din az cheshm-e sinema)
Il a mis en présence des spécialistes de l’image (théoriciens, philosophes, critiques), des cinéastes et des hommes de religion (chrétiens et musulmans), appartenant à des histoires esthétiques et spirituelles différentes qui ont réfléchi ensemble à l’articulation : cinéma, croyance et sacré.
La production cinématographique en temps de guerre
Difficiles d’accès hors d'Iran, considérés comme des films de propagande et souvent délaissés de ce fait par le monde universitaire iranien, les films documentaires de la guerre Iran-Irak (1980-1988) demeurent un terrain peu étudié, alors qu'ils autorisent une analyse de représentations de la guerre encore à l'œuvre dans le régime de la République islamique. C’est ce que ce programme projette d’étudier. Il a déjà permis de constituer un important corpus de documentaires dont des copies (DVD-VCD) sont disponibles à la vidéothèque de l’IFRI.
Ces recherches débouchent sur l'organisation collective d'un colloque: "Réflexions, projections et conférences autour des images et des archives de guerre" qui se tiendra au Centre du cinéma documentaire et expérimental, les 7 et 8 avril 2008/19 et 20 farvardin 1387 et les 9 et 10 avril 2008/21 et 22 farvardin 1387 à l'IFRI.
|
|
|