Ce thème a fait l’objet d’un colloque à Téhéran du 20 au 22 juin 2008, co-organisé par Mme Shashahani (Université Shahid Beheshti) et MM. Bouloukbashi (Grande Encyclopédie), Bromberger (IFRI), Fakouhi (Université de Téhéran), Fazeli (Université Allameh Tabatabai). Le comité local était composé des ethnologues ayant participé au colloque d’anthropologie de l’Iran qui s’est tenu à Francfort en octobre 2004, colloque au cours duquel ont été décidés le thème de cette rencontre et la création d’une Société internationale d’anthropologie de l’Iran. Cette association a été officiellement créée à la faveur de ce colloque.
On ne peut comprendre la société iranienne, comme toute autre société (mais ici le phénomène prend une ampleur singulière), sans prendre en compte le poids des liens agnatiques et des solidarités familiales dans des domaines aussi divers que les processus migratoires, la recherche d’un emploi, l’organisation des entreprises, la structure des partis et des appareils politiques. Si de nombreuses études ponctuelles ont été menées sur la parenté en Iran, elles n’ont jamais fait l’objet de comparaisons, alors même que les systèmes de parenté présentent des configurations singulières d’une région à l’autre du pays. Par ailleurs, les récentes mutations de la société iranienne, où émerge la figure de l’individu, où la notion de couple s’affirme au détriment ou en complément de la lignée, invitent à repenser les images de la famille iranienne. Anthropologues et ethnologues, historiens, sociologues, démographes ont été invités à se joindre à cette opération, tout comme des spécialistes de la parenté dans les pays voisins. |
Responsable :
Agnès Devictor (Maître de conférences à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, Laboratoire Culture et Communication et chercheur associée IFRI)
Par le nombre et la qualité des œuvres réalisées, la variété des thèmes explorés et le foisonnement des réalisateurs, le cinéma iranien s’affirme depuis les années 80 comme l’un des plus dynamiques du monde, à l’heure où presque toutes les cinématographies nationales de la région ont disparu (l’Inde mise à part).
Cet essor paradoxal dans un pays de culture musulmane amène à repenser le statut de l’image en Iran depuis la révolution islamique et notamment le rapport entre le croire et le voir, ainsi que la fonction du cinéma, notamment en temps de crise.
Ce programme se développe autour de deux pôles :
- Le rapport entretenu entre le cinéma, la croyance et la notion de sacré
- La fonction de la production cinématographique au cours de la guerre Iran-Irak.
Agnès Devictor, maître de conférences à l’Université d’Avignon et des pays de Vaucluse, ancienne allocataire de l’IFRI (1994-1998) et chercheure associée de cet institut, a réalisé sa thèse de science politique sur la politique culturelle de la République islamique d’Iran et a publié en 2004 Politique du cinéma iranien, de l’âyatollâh Khomeiny au président Khâtami aux Editions du CNRS. Elle a démontré que la vitalité du cinéma iranien entre la révolution et la fin des années 90 pouvait s'expliquer par la créativité de réalisateurs et par une politique cinématographique originale dont elle analyse les rouages, les spécificités mais aussi les points communs avec d’autres politiques cinématographiques. Agnès Devictor a démontré que la structure de cet Etat bicéphale (un Président/ un Guide) a constitué des contre-pouvoirs institutionnels qui ont été instrumentalisés par les acteurs du champ culturel contribuant paradoxalement à une dynamique de création. Même si le cinéma iranien a été victime d'un contrôle particulièrement étroit, il a bénéficié d’une réelle politique publique débouchant sur le développement d'une industrie nationale dans un contexte de crise interne (révolution, guerre et blocus) et externe (développement des industries culturelles et main mise hollywoodienne à l'échelle de la planète) particulièrement hostile. Cette politique a permis l’élaboration de genres cinématographiques très différents (du cinéma de guerre à la comédie en passant par le film d'action et le cinéma pour enfants) et le déploiement d’un cinéma d'auteur varié et durable.
Les recherches du pôle « Cinéma iranien » portent sur deux thèmes privilégiés :
Le cinéma, la croyance et la notion de sacré
En terre d'islam, les autorités religieuses ont peu statué et n’ont pour le moins pas apporté de réponse univoque et définitive sur la question de la création d'images au regard du droit musulman (feqh), alors qu'elle prenait depuis le début du XXe siècle une importance croissante au sein de la société. Si dans certains pays (l’Afghanistan des Taleban et en Arabie Saoudite) le cinéma est prohibé sous le motif de l'interdiction de l'image dans le Coran, en Iran, il a non seulement eu droit de cité, mais est devenu l'un des fleurons de la création artistique sous la République islamique. Il a d'ailleurs provoqué l'ouverture d'un débat contradictoire et très fécond au sein des plus hautes autorités religieuses shi'ites qui ont engagé, depuis les années 1990, une réflexion sans égale dans le reste du monde musulman.
La reconnaissance ou le refus d'une autonomie de l'imagination divise en fait les autorités religieuses. Pour une partie d’entre elles, le cinéma est considéré comme un vecteur moderne de diffusion du message de l'islam et doit à ce titre être instrumentalisé. Pour une autre partie, l'imagination, source de la création d'une réalité par l'artiste, et sa concrétisation par la projection cinématographique, accèderait à une vérité différente de celle de la religion et serait donc incompatible avec elle. Le rapport à la croyance structure donc un débat singulier sur le cinéma.
Quand l'œuvre cinématographique, dans sa dimension esthétiquement la plus exigeante, invite le spectateur à tisser une relation à l'invisible, à quelque chose qui dépasse l'homme - qu'il s'agisse de la beauté de la nature, d'une relation à Dieu, à une croyance, d'une expérience mystique ou strictement situé dans le champ profane - le cinéma touche peut-être à l’expression du sacré. Comment cette relation, qui travaille le cinéma en Occident depuis plus d’un siècle est-elle à l’œuvre aujourd’hui dans la culture iranienne ?
Pour analyser cette question au sein de ce programme, l’IFRI a organisé un colloque en collaboration avec l’Université d’Art (Téhéran), intitulé « Le cinéma, la croyance, le sacré » dont A. Devictor a été responsable avec son partenaire iranien, le Dr. Hashemi. Le colloque s’est tenu à Téhéran les 30, 31décembre 2006 et 1er janvier 2007. Il s'inscrit dans la lignée de ceux organisés par la Hawzeh honari, Sazeman-e Tablighat- e eslami en 1996 et 1997 intitulés: "Réflexion collective sur la religion du point de vue du cinéma" (Ham andishe-ye din az cheshm-e sinema)
Il a mis en présence des spécialistes de l’image (théoriciens, philosophes, critiques), des cinéastes et des hommes de religion (chrétiens et musulmans), appartenant à des histoires esthétiques et spirituelles différentes qui ont réfléchi ensemble à l’articulation : cinéma, croyance et sacré.
La production cinématographique en temps de guerre
Difficiles d’accès hors d'Iran, considérés comme des films de propagande et souvent délaissés de ce fait par le monde universitaire iranien, les films documentaires de la guerre Iran-Irak (1980-1988) demeurent un terrain peu étudié, alors qu'ils autorisent une analyse de représentations de la guerre encore à l'œuvre dans le régime de la République islamique. C’est ce que ce programme projette d’étudier. Il a déjà permis de constituer un important corpus de documentaires dont des copies (DVD-VCD) sont disponibles à la vidéothèque de l’IFRI.
Ces recherches ont débouché sur l'organisation collective d'un colloque: "Réflexions, projections et conférences autour des images et des archives de guerre" qui s'est tenu au Centre du cinéma documentaire et expérimental, les 7 et 8 avril 2008/19 et 20 farvardin 1387 et les 9 et 10 avril 2008/21 et 22 farvardin 1387 à l'IFRI.
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